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Pochette de The Catastrophist

chronique · 29 janvier 2016 · Autre

Tortoise

The Catastrophist

"D'où vient le vent, il laisse la Tortue Aller son train de Sénateur. Elle part, elle s'évertue ; Elle se hâte avec lenteur." Jean de La Fontaine

par Mattooh

The Catastrophist trouve ses origines dans une commande de la ville de Chicago, qui demanda au groupe en 2010 la livraison d'une pièce de musique inspirée des ressources de la ville en matière de jazz et musique improvisée. Bonne idée, même si nos vieux hommes blancs ne sont pas forcément ceux qui groovent avec le plus de férocité in town. Tortoise (nouvel onglet) a par la suite retravaillé cette base de manière à en faire une collection de titres suffisamment dense et aboutie pour pouvoir publier ça sous la forme d'un "vrai" album, tel que les crétins dans notre genre en consomment par dizaines chaque année pour avoir de quoi faire un classement en décembre.

A ce stade de la chronique, ton attente bien légitime est donc de savoir si le tout est réussi.

Eh bien tant donné la qualité générale de sa discographie, sa longévité (pour ne pas dire son grand âge) et, plus encore, l'excellence de ses prestations scéniques, on a envie d'être poli avec Tortoise. De faire les choses bien, comme eux. Car ces vieux garçons jouent une musique savante, une musique d'intérieur, quelque chose qu'on évitera comme il convient d'appeler du post-rock mais qui a bien à voir avec le jazz, l'electronica et encore d'autres repoussoirs à punks. Alors on n'a pas envie de les trasher comme de simples cachetonneurs, ni comme un vulgaire album d'Explosions In The Sky, tu comprends?

Tortoise quand même, merde, quoi.

Bon.

N'en reste pas moins que ce The Catastrophist est un peu chiant. Il est mi-chiant, pour être exact. Une moitié environ de ses titres sent le survêtement humide et le dessous de bras de quinquagénaire roux, tandis que l'autre n'est pas loin d'être excitante. The Catastrophist est globalement assez rock, comprendre qu'il est mû par une énergie qu'on ne retrouve pas sur toutes les sorties du groupe. Il veut même tellement l'être que le groupe le crie sur les toits sur l'osé mais assez dégueulasse Rock On, improbable reprise de David Essex et premier des deux titres chantés que propose l'album - l'autre est Yonder Blue, bluette pas transcendante composée et chantée avec la batteur de Yo La Tengo. En dehors de ces deux excursions peu concluantes, pas d'évolution notable dans le son de ce 7ème disque par rapport au précédent et finalement assez semblable Beacons of Ancestorship (2009, tout de même). On papillonne toujours de jazz moderne en synth-funk via post-rock (oui je sais, mais on peut se dire les choses franchement, non?), de manière plus ou moins heureuse.

Le problème quand Tortoise devient plus "rock", c'est ce rendu très clinique qui sonne souvent assez easy listening. Les compositions les plus écrites et arrangées sont souvent généreusement tartinées de synthés, à la manière du Mogwai de ces dernières années. C'est frappant sur The Catastrophist mais surtout Gesceap, dont la ressemblance avec les écossais trompera plus d'un trentenaire aviné au cours des blindtests de post-rockeurs anonymes - ces parties fines de l'impossible auxquelles tu participes hebdomadairement dans des caves voutées sises en voisinages feutrés de grandes villes européennes. Le savoir-faire est intact et indéniable (cette Gesceap est formellement impeccable), Tortoise ne faisant qu'affiner encore et encore sa maitrise technique. Mais je ne serais pas contre un retour à des compositions plus chaudes et instinctives, infiltrées par exemple de saveurs d'orient, d'afrobeat ou que sais-je, de drones meurtriers voire de saxos libidineux. Sans réclamer un TNT 2.0, plus de finesse, d'intimités et/ou d'audace ne seraient pas de refus pour un prochain disque.

En espérant un futur un peu plus hardi, tu feras bien ce que tu veux de cet album très loin d'être catastrophique ; sache que j'ai personnellement choisi d'en apprécier les réussites (l'épatante Shake Hands With Danger, Hot Coffee, Tesseract ou The Catastrophist) à leur juste valeur, d'oublier poliment le reste (la susmentionnée Rock On qui ne peut être que le résultat d'un regrettable malentendu, ou Ox Duke, The Clearing Fills et At Odds With Logic qui passent sans qu'on s'en aperçoive), et d'attendre impatiemment le printemps pour aller me prendre une bonne grosse branlée à l'un de leur prochains passages en terre franquaise (nouvel onglet).

Mattooh

Brasser la merde

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