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chronique · 7 novembre 2013 · Techno / House

Vakula

You've Never Been To Konotop (Selected Works 2009-2012)

par Julien Lafond-Laumond

Aujourd’hui, le meilleur jeune producteur de house US est Ukrainien, qui l’aurait cru ? Mikhaylo Vityk a beau n’être qu’à deux petites frontières de l’Allemagne et de ses différentes écoles, son inspiration, elle, s’en fiche, elle slalome entre les douanes, s’embarque en ferry, débouche sur New-York et fait la navette aller-retour jusqu’à Chicago. Il paraît qu’Internet et que la mondialisation permettent de faire cela en un instant. N’empêche, tout le monde ne fait pas le voyage : les places ne sont pas limitées, mais c’est à chacun de se botter le cul pour naviguer dans l’espace-temps.

À en croire Vakula, sa ville de Konotop serait pourtant comme un quartier bouillant de Windy City (nouvel onglet), qui par une brusque et gigantesque rafale se serait envolé jusqu’en ex-URSS avec sa culture house dans les bagages. J’ai du mal à le croire. Effectivement, je ne suis jamais allé à Konotop, mais Wikipédia me dit qu’il ne s’agit que d’une petite ville administrative de 80 000 habitants perdue dans la campagne. De fait, j’aurais plutôt tendance à imaginer Vakula en geek surdoué et vaguement incompris, en bizarre artiste virtuel qui dénote du train de vie habituel de ses concitoyens plutôt qu’en tête d’affiche d’une scène locale hystérique et totalement anachronique.

Bref, en un mot, quand on écoute la première compilation de ce gars-là, on imagine pas un Européen, et encore moins un provincial des pays de l’Est. Parce que You’ve Never Been To Konotop est entièrement et exclusivement américain de cœur. Toutes les racines de l’acid-house et de la deep-house des années 90 nourrissent ce disque, en construisent les fondements, et ensuite Vakula y apporte ses petites touches personnelles. Pour les adeptes de ce type de house, ce producteur est déjà bien connu depuis plusieurs années. On le connaît pour avoir sorti ces dernières années de très nombreux EP d’une qualité parfois stupéfiante et avec un style clair : un outillage daté et un son primitif pour des compositions toujours légèrement déviantes et expérimentales. Avec Vakula, on ne risque en clair jamais d’écouter de la house kilométrique et des compos interchangeables ; lui tente toujours des trucs – rythmiquement, harmoniquement et structurellement.

Pour sa première compilation d’ « unrealeased tracks », il est possible d’avoir néanmoins des sentiments contradictoires. En tant que grand amateur du gars, je ne peux m’empêcher par exemple d’être un poil déçu : je m’attendais à plus de folie, à plus de surprises. En fait, j’ai l’impression que Vakula a gardé pour cette compilation des morceaux plus classiques, plus référencés, pour créer un ensemble forcément plus cohérent. Ça se tient en même temps que ça laisse un poil amer – certains morceaux plus jazzy et down-tempo frôlent par exemple autant la perfection formelle que le mauvais goût ; quant à d’autres titres plus rythmés, bon, ils se contentent de faire le nombre. En clair, cette compil’ plaira instantanément plus aux fans de Kuniyuki qu’à ceux d’Actress ou Andy Stott, ce qui n’était pas forcément le cas de ces précédents EP.

On se permet de faire la fine bouche, peut-être qu’il ne faudrait pas. Parce que pour un amateur de house lassé des disques d’époque et des revival sans âme, ce disque-là est pourtant bel et bien une cure de désintox, un véritable lavage d’estomac. Eh oui, on sent en effet à chaque nouveau morceau qu’il y a un type derrière tout ça qui a du talent et de l’envie, pour qui composer est un acte créateur, un espace de liberté (pas une routine où l’on applique des modes d’emploi). Et cette énergie artistique est quand même incroyablement communicative. You’ve Never Been To Konotop n’est peut-être pas aussi génial qu’il aurait pu l’être : tant pis, l’important, c’est aussi que cette house-là transpire d’émotions, de souvenirs, d’échos d’autrefois ; que par ailleurs cette house-là ne considère pas le groove comme une science exacte, comme un acquis paresseux, mais que ce groove au contraire se déniche par accident, au hasard des tentatives et des essais plus ou moins fructueux. Alors fatalement, cela donne une série de titres un peu inégaux et l’ensemble demeure assez bancal, mais putain que c’est vivant ! La house n'est pas morte - on dit toujours ça et on le dira encore.

Julien Lafond-Laumond

Brasser la merde

5 commentaires

  1. yoyo

    "Aujourd’hui, le meilleur jeune producteur de house US est Ukrainien, qui l’aurait cru ?" Et sinon vous écoutez souvent de la House ? Vakula fait du gros pompage de différents artistes (US et autres) depuis ses débuts, son style est bien parti en sucette depuis dans un style jazzy wiz wiz à vomir. Faut écouter les sorties sur Bandula, quelle merde...

    1. jèj

      t'as des artistes House actuels à conseiller stp ?

  2. Julien_LL

    J'écoute assez souvent de la house, merci de s'en soucier ! Je reconnais que Vakula n'est pas un modèle d'originalité et ça ne s'arrange pas avec le temps, mais je sais aussi reconnaître que je ne vois pas bien qui aujourd'hui arrive à construire des ensembles rythmiques et percussifs aussi précis et complexes. Moi perso je veux pas cracher dans la soupe, la house est bien assez mal en point pour qu'on s'acharne de la sorte.

  3. Hugo

    Plus précisément Julien, qu'est ce que tu entends lorsque que tu affirmes "la house est bien assez mal en point", manque systématique d'originalité de ses producteurs? Ou bien c'est parce qu'elle se démocratise davantage?

  4. Julien_LL

    Mal en point c'est vite dit, il y a quand même de quoi se faire plaisir... Mais je suis quand même assez attristé de voir que l'essentiel de la club music d'aujourd'hui consiste en un magma house / tech-house qui reprend quelques gimmicks old school pour les booster aux software et VST de pointe. En fait je sens aucune vitalité créatrice, mais juste une maîtrise de plus en plus poussée et rationnelle des nouvelles technologies. La house n'a pas pris le virage théorique / expérimental qu'a pris la techno ces dernières années, et je la trouve assez ennuyeuse (si l'on en excepte quelques exceptions qui confirment la règle, bien sûr);

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