chronique · 22 novembre 2012 · Post-Rock / Metal
Down
Down IV Part I / The Purple EP
Le fan de Down est généralement aussi amateur de Pantera, Corrosion Of Conformity et Crowbar, soit les finauds groupes parallèles des musiciens ici concernés. Autant dire que le fan de Down est un bœuf, qui ne retient d’un album que les bons riffs et la power-violence. Ne proteste pas : je le sais, je suis exactement comme toi. J’attends de Down qu’ils fassent du Down, pas qu’ils se répandent en de longuettes digressions psychédéliques, se teignent les cheveux ou invitent des chanteuses scandinaves sur des titres où les riffs hard-sludge laisseraient place à du rock symphonique de pédé.
par Mattooh
Down (nouvel onglet) sait donc qu’il est inutile de servir à son public son Physical Graffiti, son The Shape Of Punk To Come ou même son Kid A (imaginez quand même Phil Anselmo onduler de la tête derrière un synthétiseur, pour rigoler --> LOL). Down est dans la catégorie AC/DC, Slayer ou Dinosaur Jr. des groupes de rock, ceux auxquels on dit : fais juste ce que tu sais faire, mais fais-le bien. Down sait aussi que ni Down II ni Down III n’ont autant convaincu que le premier album NOLA, qui date quand même de 1995.
Dans le même temps, qui a vu Down ces dernières années sait que Phil Anselmo ne couvre plus tout le spectre vocal qui était le sien à l’époque de Pantera. En concert, ce beau bébé-hurleur se saisit de la moindre occasion pour tendre le micro à son fidèle public de blancs-becs trentenaires en surpoids et t-shirts noirs, et éviter ainsi aux refrains de ses propres chansons de venir limer ses cordes vocales déjà mises à mal par 20 ans de bons et loyaux services à la lourde cause du power-métal. Au fait, merci Philou pour tous ces albums, hein. Sacrée légende, va.
Autant dire que ça sent plus la fin de règne et la couverture qui gratte que la couverture du NME, et que les louisianais, pas si bêtes non plus, ont bien compris qu’il était temps d’aller à l’essentiel et de profiter du temps qui reste avant de ne plus être en état de gagner sa croûte en exerçant son art : riffer comme des alligators et crooner lourd comme on le fait vraisemblablement dans les bayous, le soir, au coin du bûcher.
Bien.
En prélude promotionnel à ce foutu EP qu’on attend depuis tout de même 5 ans, Down a donc pris soin d’annoncer le fameux retour aux sources, celui que tout groupe aux prétentions heavy annonce à chaque album quand les choses commencent à se corser : retour au son de NOLA, morsures à la gorge et pas trop de bullshit de production.
On ne peut pourtant pas dire que Down ait sorti l’album mou et nul de la compromission que tout groupe de métal dépassant la décennie commet un jour *. Juste que Down III / Over The Under manquait un peu de l’immédiateté et des riffs qui collent au cerveau de NOLA, en tentant des arrangements plus fouillés et, il faut bien le dire, en diluant un peu sa force de frappe au profit d’une production plus ample et soignée. Aussi, lors de la découverte des 6 nouvelles compos de cet EP, s’attend-on à s’en prendre plein la gueule, en mode rien à foutre, 1995 all over again.
Tu m’as vu venir, perspicace ami lecteur : contre toute attente, cet EP sonne plus comme la lointaine suite de Down III, tout au plus recentrée sur l’essentiel : un son bien brut bien baveux, des riffs bien évidemment hyper massifs, mais pas de véritable mise à sac. La première écoute éclaire et correspond en fait parfaitement aux dernières déclarations d’Anselmo : influences de Black Sabbath, Saint Vitus et Witchfinder General, pour former « a very pure doom metal record ». Tu m’étonnes ! Plus gras, tu te bouches les artères. Les tempi sont relativement lents, l’accent est mis sur la lourdeur et la largeur du point d’impact.
Et quand on sait que chacun des 4 EPs appelés à constituer Down IV aura sa thématique propre (heavy-metal, sludge, acoustique…) mais que les 3 derniers ne sont pas encore finalisés, on peut penser que toutes ces chansons mises bout à bout n’auront rien d’un NOLA version 2.0. Down continue de tracer sa route sur les ruines de Katrina et dans le brouillard post-Pantera, et de l’aveu récent même d’Anselmo sans forcer les choses pour ne pas ruiner l’état d’esprit du moment.
Indéniablement, la voix de Philou a changé. Réécoutez Temptation Wings ou n’importe quelle chanson de Pantera, nous ne décèlerez plus aucun de ces pics de saturation hallucinants dans ses lignes de chant de 2012. Le timbre a mué, il est moins frondeur, comme fatigué de tous ces excès passés. De même, les milices intégristes venues retrouver la brutalité perdue retourneront ruminer sur leurs disques de Crowbar : point de riff meurtrier à la Lifer ici, et encore moins de tube à la Stone The Crow.
Concernant la décision de préférer une série d’EPs (digitale et physique) au bon vieil album, le groupe évoque d’abord sa propre paresse et sa plus grande facilité subséquente à se concentrer sur 6 chansons, que 12 d’un coup. Ensuite, l’objectif est d’expérimenter un modèle de distribution différent, partant du constat unanimement partagé que les gens ne veulent plus acheter d’albums. Six chansons, c’est moins cher à acheter, et moins cher à télécharger.
Bon, pour le volet économique, on repassera : à 14 euros les 6 chansons dans les bacs, l’enculade est proche surtout que l’opération sera répétée 3 fois courant 2013. Sur ce point, la Warner y est probablement plus pour quelque chose que nos 5 riants barbus. L’innovation reste cependant assez inédite dans le petit cirque du métal US aux mœurs quelque peu préhistoriques, surtout de la part d’individus aussi rustres que Kirk Windstein ou Jimmy Bower (encore que ce sac à weed n’est probablement pour pas grand-chose dans les décisions collectives du groupe, qui nécessitent d’être en état de réfléchir et, occasionnellement, de s’exprimer).
Down nous sert ici un disque d’hommage à ses ainés précités, un disque de pur plaisir graisseux. Moins virtuose, plus quadragénaire dans la forme mais toujours aussi brillamment écrit. Ces types ne sont plus des athlètes mais conservent la classe américaine, et ce qui différencie les artisans de Down de tous les Stone Sour du monde est bien symbolisé par l’attitude de naïveté un peu brutale et néanderthalienne de Phil Anselmo : ici on n’essaie pas de sonner sudiste, on sonne sudiste. On fait son truc, et on le refait jusqu'à ce que ça casse des culs.
*hormis Slayer, car Slayer n’a jamais déçu personne et ne te décevra jamais ; retiens bien cela car dans ce monde frelaté où les repères viennent à manquer, s’il est une oasis dans laquelle tu pourras à jamais venir tremper les lèvres sèches de tes illusions perdues, c’est bien le petit bocage de Slayer.






Brasser la merde