silent weapons for quiet wars

Concerts · 6 juillet 2015 · le 29 mai 2015, Nîmes

This Is Not A Love Song 2015

Branlade de Nîmes

par Mattooh

Fin mai / début juin, chez SWQW, on avait pris l'habitude de se rendre chaque année au festival Primavera Sound de Barcelone. Par amour du lomo et des concerts de Shellac en bord de mer, certes, mais aussi un peu par habitude ; alors cette année, on a eu envie d'aller voir ailleurs si, des fois, c'était pas aussi bien.

C'est dans ce contexte que le festival This Is Not A Love Song de Nîmes, sur lequel on lorgnait depuis 2 ans, s'est imposé comme l'alternative idéale : moins couteux et moins loin, mais tout aussi ensoleillé et (presque) aussi prestigieusement programmé. Complètement intégré au projet de Paloma (la récente et magnifique SMAC nîmoise), le festival se déroule maintenant sur 3 jours et 4 scènes, comme un grand.

Sur place, on découvre un site très joliment arrangé autour de deux scènes extérieures, et dans lequel Paloma, le bâtiment, offre ses deux belles salles climatisées à la sagacité de festivaliers au teint de plus en plus hâlé. On rencontre également une équipe (bénévoles, employés de Paloma et sécurité) franchement adorable, ce qui participe clairement à la bonne impression d'ensemble et l'envie de revenir, en plus de faire une différence supplémentaire avec les festivals généralistes et standardisés que l'on ne connaît que trop bien. On te garantit donc un compte-rendu sans Christine & The Queens, The Do ni Skip The Use (que Christian Alex, le programmateur derrière le TINALS, se garde néanmoins pour sa cash machine des Eurockéennes, à la programmation elle toujours plus repoussante) mais avec un superbe plateau, aussi diversifié que de qualité.

DREDI, c'est ravi au lit

Aborder un festival au beau milieu d'un set de 2h des Swans n'est guère aisé. Vaine tentative, même, entre trop de longueurs côté scène, et trop de tentations côté site. D'ailleurs, ni Ought (pourtant auteurs d'un excellent disque, et capable de superbes prestations) ni Fucked Up ne parviendront non plus à fixer mon indomptable attention de ce début de journée ; les quelques titres glanés au vol ne donnent pas franchement envie de s'attarder.

Heureusement, pépé Thurston Moore sera là pour accompagner la très longue attente séparant l'estomac croassant du festivalier du hot dog à 7€ (hors frites) ; et si, en présence du batteur de Sonic Youth, du chanteur de Sonic Youth et du son des guitares de Sonic Youth on se languit bien légitimement des chansons de Sonic Youth, le répertoire proposé (issu de l'album du Thurston Moore Band, sorti l'an dernier) est suffisamment costaud pour valider l'affaire. Les frites, elles, étaient super grasses.

Sans transition, le valeureux Gaz Coombes devra lui faire face à une salle peu remplie au début, et quasi-vide à la fin. Cruelle sanction d'un public relativement jeune et plutôt hip, donc vraisemblablement peu concerné par les prouesses passées du Monsieur au sein de Supergrass, et pas plus familier de son nouveau répertoire - pourtant de très haute volée. La voix est intacte, l'écriture s'est affinée vers une sorte de mélange entre glam et épopées en arpèges à la Radiohead et le groupe est au point ; tu n'en as cure, mais SACHE-LE.

Sans m'attarder sur la transparence de Caribou, je vais ensuite tâter du moelleux de ces diables de fauteuils disposés dans les gradins de la grande salle, dans laquelle John Dwyer et ses Oh Sees livreront un de ces sets électriques et fonceurs dont ils sont coutûmiers. Sans le clavier et les choeurs de Brigid Dawson les balades ont complètement disparu, et c'est tout simplement la grosse chouille. L'intérêt de l'addition d'un deuxième batteur reste à prouver, mais ce bon vieux fix de speed-garage s'apprécie sans demander son reste - entre deux piquages de nez.

Le SADI, c'est dandys

La gratuité de début de journée permet à Shub d'opérer devant un public plutôt conséquent, ce qui fait toujours plaisir pour un si bon groupe abonné aux caves mal sonorisées et aux squats de collectifs en attente d'expulsion. Et avec une puissance impressionnante, Shub assène sous le cagnard son noise-rock brillant, avec le petit plus maison : un groove conséquent et inattendu dans ce registre.

Une fois le passage du site en payant effectué, Aquaserge se présente dans la grande salle avec, comme pour quasiment chaque concert du week-end, un son et des conditions de jeu parfaits. On peut alors se repaître comme il se doit de leur fantastique art-rock progressif, libre et savant, dissonant et entêtant, bizarre et mélodique, plein de groove et d'arrêtes harmoniques. Leur musique possède cette inestimable capacité à parler à la fois aux musiciens exigeants et nostalgiques de Robert Wyatt ou King Crimson, qu'aux curieux adeptes de musiques libres aimant à se laisser porter par la magie de l'instant, pourvu qu'il soit électrique et vivant. Encore un concert impressionnant, et encore un peu plus de place pour ce groupe dans mon gros cœur aigri.

Giant Sand ensuite, maintient voire augmente encore le niveau de classe. Le groupe prend clairement le parti de diviser son set en 3 mouvements : folk-americana traditionnel, piano solo puis rock bourru. Howe Gelb profite de l'interlude central pour déverser sur nous quelques hectolitres de classe, puis le final hyper électrique surprendra (positivement) les naïfs dans mon genre, qui envisageaient le groupe en live comme un Calexico d'appoint ; les Giant Sand sont d'authentique rockeurs, et pas les pires.

J'ai vécu l'intervention d'Ariel Pink comme une agression. Au-delà même de l'indigence du répertoire, déjà connue, la réplication en live de ces pitreries avec un volume sonore délirant engendre dans l'ordre l'état de choc, la consternation, la souffrance physique, puis l'inexorable repli sur le bar.

Les brumes sombres et acoustiques du dernier Sun Kil Moon, célébré un peu partout l'an dernier, n'ont pas réussi à gagner ma patience ni mon admiration. Benji me laissait un peu froid, mais le live révèle que l'univers de Mark Kozelek ne se limite pas à cette dimension apaisée et dépouillée. Kozelek justifie et abuse même de son image d'ours mal léché en tentant de créer un malaise entre lui et le public, qui n'est pas dupe ; on rit donc autant qu'on trippe, surtout quand le set s'électrise et la voix du Schtroumpf grognon s'étrangle dans des complaintes fausses mais réellement touchantes. Musique et humeur tempétueuses pour concert magnifique.

J'aime beaucoup The Divine Comedy, mais je crois en fait que j'aime surtout Regeneration. L'album de rockeur, l'album mal-aimé de son créateur, l'album dont il essaie aujourd'hui de nier l'existence au point de n'en reproduire aucun de ses superbes titres sur scène. Et si Neil Hannon est toujours aussi charmant en gentleman badin, vers la moitié du set... je me fais chier. La classe ne peut pas tout, il faudrait peut-être aussi un peu plus de conviction, et un groupe plus impliqué.

Grand Blanc, pour finir, est un de ces groupes de jeunes pour les jeunes qui fonctionne (ou va fonctionner, c'est l'évidence dans un pays qui célèbre inlassablement Fauve). Personnellement, je préférerais qu'ils reprennent leurs études, plaquent Metz pour faire un PVT en Australie ou reprennent l'affaire familiale, mais en attendant que le temps accomplisse son inexorable oeuvre, il faut bien faire avec. Grand Blanc faisant donc partie de la clique grouillante et grossissante des Indochine modernes, il est donc parfaitement inutile de tenter de décrire leur set, ou leur attitude sur scène ; mais crois bien qu'on regardera un jour ces gamineries comme on regarde aujourd'hui Luke ou Mass Hysteria : avec un mélange de cruauté et d'embarras.

Le GROMANCHE, dernière manche

Les marseillais de Conger! Conger!, en plus d'assurer un excellent concert, permettront aux nombreux nordistes de l'assistance de prendre connaissance de la rivalité entre leur ville et Nîmes. Entre deux chambrades, le groupe en rajoute une couche par la musique, assénant son noise-punk mélodique comme un coup de trique sur le corps des festivaliers déjà accablés par ce soleil lui aussi bien sudiste ; le festivalier se sent parfois à Paloma comme un taureau dans les arènes toutes proches, à ceci près qu'on ne nous abat pas à la fin de la journée, et qu'on peut même se faire servir des bières fraiches aussi souvent que nécessaire.

Weedeater fait partie, avec Torche, Swans ou Conger! Conger!, de ces groupes qu'on n'attendait pas au TINALS, et qui apportent une diversité bruyante et bienvenue. On ne parlera pas de fraicheur les concernant puisque la musique du groupe évoque plus le brouillard toxique de fin de soirée ou le passage entre le marteau et l'enclume, mais je trouve important et judicieux pour un festival comme le TINALS de ne pas s'enfermer à l'infini dans une niche - l'"indie" en l'occurrence, en tout cas donc son acceptation 2015 - et d'apporter autre chose que les coqueluches du moment d'un côté, et les sempiternels revenants des 90's de l'autre. Merci donc aux programmateurs pour cette exigence d'autant que le concert - parlons-en quand même, hein? - était aussi délirant de puissance, de précision et de qualité que les disques du groupe sonnent standards, voire anodins. Un vrai groupe de scène donc, avec en prime le seul batteur de ce coin de la galaxie à donner des coups de pied dans ses cymbales - et dans le rythme, SVP.

J'ADORE Unknown Mortal Orchestra, et je ne le cache pas. Seulement, le nouvel album, assez centré sur la soul et le funk, semble avoir obligé le groupe à cadrer davantage ses prestations live, notamment en embauchant un claviériste un brin crispant. Le résultat est parfois assez timide et/ou mal sonorisé, si bien que l'excitation n'est pas tout à fait la même que sur les précédentes tournées. Laissons alors le temps au groupe de roder sa nouvelle formule, mais force est de constater que contrairement à leur passage au Primavera le même ouikène, ce set n'aura pas réellement marqué les esprits.

The Soft Moon a beau se situer à exacte équidistance de NIN et Indochine, j'aime leurs disques. On nage en eaux très troubles, mais c'est comme ça. Face à ces lights ultra cheap, ces sons de percus électroniques d'un autre âge et les contorsions forcées d'un chanteur qui surjoue la gêne est réelle, mais rien ne peut dissiper mon plaisir d'entendre live les meilleurs titres de Deeper, leur dernier disque (nouvel onglet). Bon, c'est pas si grave, hein?

Foxygen a montré avec son second album calamiteux que ce groupe n'était qu'une vaste blague. Partant de ce postulat, les attentes sont ramenées au niveau de la mer, et on peut apprécier - presque - sans honte ce set exhubérant, glam et pop, débile et arc en ciel. Un spectacle qui a au moins le mérite d'être musical, contrairement à l'inexplicable chantier du grotesque Ariel Pink.

BadBadNotGood défonce tout, ce n'est pas nouveau. Et revenu (comme lors de sa première date franquaise en 2012) à un set purement jazz (son concert parisien de l'an dernier était plombé par quelques interludes électroniques un brin racoleurs), leur set fut une incroyable démonstration de jazz joué à la punk, entre insolente maitrise technique et mouillage de maillot, sincère et communicatif plaisir de jouer et finesse musicale. Le gros panard, ainsi que le meilleur concert du festival.

Les malheureux Torche connaitront eux le même sort que Gaz Coombes deux jours plus tôt : la malédiction de la salle vide. Il est regrettable que la louable intention des programmateurs d'injecter du gras et de la charpente dans une programmation par ailleurs plutôt bien peignée ne soit pas récompensée par la curiosité du public, mais ça n'empêche pas les trois derniers titres entendus d'être au niveau des standards du groupe (dont je vous conseille par ailleurs le très bon dernier album, Restarter) : monolithiques, mélodiques, et lourds comme le putain de plomb.

Une dizaine d'années que je n'avais pas vu Interpol, et vu la qualité de leurs disques depuis lors je ne peux pas dire que ça m'ait manqué ; impression confirmée par cette fin de concert (BBNG vs Torche vs Interpol : le running order de l'impossible). Même les vieux titres ne me font plus beaucoup d'effet, alors les nouveaux... reste que le son est, comme sur toute la durée du festival, impeccable (et c'est vraiment à saluer), et que l'ensemble reste classieux.

Alors, le TINALS, ça fait oublier Barcelone et ses cocktails accompagnés de petites ombrelles? Pas loin, oui. Comme ailleurs, tu loupes tous les trucs de début de journée surlignés sur ton programme, mais t'en loupes moins qu'à Barcelone parce que site et ville sont de taille plus raisonnables. Subséquemment, tu cours aussi beaucoup moins, si bien que tu finis ta journée moins épuisé et moins frustré qu'au Primavera tout en ayant passé des journées bien remplies. Tu remplaces une pisse (San Miguel) pour une autre (Kro), mais ça, t'as l'habitude. Enfin, reste le ressenti intimiste de ce TINALS 2015, qui a un goût de reviens-y qu'on avait pas anticipé ; que veux-tu, on s'habitue volontiers aux festivals qui ne nous prennent pas pour des jamóns.

Mattooh

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Georges White

    https://www.youtube.com/watch?v=jht5JxZbado&feature=youtu.be

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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