silent weapons for quiet wars

Pochette de Après moi le déluge

chronique · 3 mai 2013 · Autre

Alex Beaupain

Après moi le déluge

par Matthieu Truffinet

On situe assez mal Alex Beaupain dans le paysage musical français. Emergeant avec toute une génération de chanteurs pop à textes, s’illustrant par son partenariat prolifique avec Christophe Honoré et tendant pourtant vers une variété simple et décomplexée, la place qu’occupe Beaupain se fait difficile à définir.

Il n’y a rien de révolutionnaire dans sa musique, aucun bouleversement. Le chanteur ne joue que sur des sentiers battus, des thèmes que l’on connait par cœur: amour, jalousie, tristesse, amertume etc. Il n’y a ainsi à première vue que très peu d’originalité, et, cher lecteur, tu te demandes surement pourquoi je m’emmerde alors à écrire dessus. Mais ne t’énerve pas, j’y viens.

On est d’abord frappé chez lui par la fascinante simplicité de son écriture. Il y a très clairement dans ses textes une volonté de simplification à l’essentiel, aux quelques mots qui suffiront à eux seuls à exprimer l’idée, la couleur, la sensation. Ces quelques mots qui mettent la musique en valeur autant qu’elle le fait pour eux et qui tentent de résumer les sentiments les plus compliqués en une image, une métaphore. Et c’est justement là que l’on peut trouver la grande originalité de Beaupain, c’est par les choix de vocabulaire et de comparaison qu’il fait, choix très souvent ambigus et audacieux. Ainsi le vocabulaire enfantin (« le miel de vos bisous », « cette marre aux canards qui n’appartient qu’à nous », « mordez moi petits loups ») utilisés pour décrire des scènes de cuites et de baises font la puissance de « La nuit promet ». Ainsi les métaphores soviétiques sur « Je peux vivre sans toi », ou encore le développement autour de la devise de Vichy « travail, famille, patrie » dans « Je réponds toi » sont audacieuses et surprenantes. On peut encore citer bien sur la mise en parallèle de la gauche de Mitterrand en France avec une histoire d’amour sur « Au départ » ; et les exemples sont encore nombreux.

Paradoxalement, sur Après moi le déluge, l’auteur semble plus diversifier les thèmes, mais en même temps a une approche de ceux-ci plus directe. Bien sur les exemples et images choisis pour illustrer les idées présentées gardent une grande finesse et une réelle originalité, mais il cultive beaucoup moins l’ambiguïté que dans ses précédents travaux (surtout Pourquoi battait mon cœur).

Une autre particularité marquante de Beaupain est sa façon d’utiliser la musique par rapport aux textes. Il y a en effet souvent une très grande sobriété dans les accompagnements, ne cherchant pas à illustrer de façon poussive les sentiments en jeux, mais apportant au contraire une certaine légèreté à l’ensemble de son œuvre. Et c’est cette légèreté qui continue aujourd’hui de nous charmer sur des titres comme « Coule », « Après moi le déluge », « Baiser tout le temps ». On est à l’inverse un peu déçu par le crescendo un peu lourd de « Vite » (qui aurait été encore plus oppressante si elle avait été plus sobre, à mon goût), ou par le piano sans saveur de « En quarantaine » (les paroles sont pourtant très réussies, c’est dommage).

De façon générale, Beaupain reste pour moi l’artiste du milieu. Celui qui joue des codes de la chanson française, de la pop et de la variété avec finesse, talent et humour, sans jamais les rejeter ou les bouleverser. Celui qui chante les sentiments les plus complexes et intenses avec simplicité et sobriété, sans en rajouter. Si Après moi le déluge nous enchante pour le moment moins que ses prédécesseurs, on préfèrera quand même lui laisser un peu de temps pour nous faire découvrir d’autres secrets, et s’installer ainsi tranquillement dans notre discographie à la place qui lui conviendra.

Matthieu Truffinet

Brasser la merde

1 commentaire

  1. ivan

    lol ?!

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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    En attente