chronique · 13 novembre 2012 · Rock / Folk
Chelsea Wolfe
Unknown Rooms : A collection of acoustic songs
par Cholette
Elle semble seule, désespérément seule. Rien de précis, sur la naissance ou la vie de cette jeune chanteuse élevée au soleil de la Californie, ne pouvait augurer d'un destin qui la pousserait à s'imaginer un troisième album tel que celui-ci. Recluse volontaire dans les chambres anonymes d'un motel de l'Amérique éternelle, pour adresser aux absents ses rêves déchus, ses désirs de grands espaces à travers un disque sur l'attente universelle, et toutes les choses que l'on ne parvient à dire qu'à la faveur du manque. Peut-être le vide anxiogène parait-il moins grand dans l'espace raccourci, et justifierait aussi du titre donné à ce recueil, mais la pièce d'où s'exprime Chelsea Wolfe ressemble davantage à la cathédrale secrète d'un sous-sol cryptique au passé ancien, qu'à une piaule proprette du bout de la route 66.
Son folk spacieux repousse ainsi les murs du son, avec cette collection de chansons déterrées du passé (leur minimalisme se prêtant davantage au jeu des confidences), ou composées pour l'occasion acoustique. Le trio de cordes qui les habille parfois, comme sur Appalachia, contribue largement à l'élégie qui domine, ralentissant le cours du temps et du tempo vers des profondeurs doom vertigineuses (évoquant alors sans nul doute les trésors que les Tindersticks avaient délivrés sur le Trouble Every Day de Claire Denis en 2001). Si d'autres spectres viennent hanter les rêves cinétiques de Chelsea Wolfe, comme Virginia Woolf Underwater où la vague qui nous englouti semble le fait d'une PJ Harvey des débuts, le seul fantôme responsable de notre noyade consentie sera celui de l'auteure de l'opus en présence. Exhumé d'une vie antérieure (possiblement du haut moyen-âge), il semble venir lui susurrer à l'oreille pour doubler sa voix, aux confins de la chambre d'écho. Habitant un à un les titres de ces lieux inconnus, chair exsangue recouvrant des chansons dépouillées jusqu'à l'os, habillant ce diamant trop brillant d'un écrin trop étroit pour lui.
Il nous reste alors à rêver, savourer, et s'imaginer pour une écoute délétère en reclus du Chelsea Hotel, seul repaire d'un New York envahi par les loups.






Brasser la merde
3 commentaires
Panda Panda
L'album mérite d'être écouté rien que pour Flatlands, une des plus belles et intenses chansons de cette année. Ensuite l'album est assez inégal, il y a quelques grands titres qui écrasent les autres qui sont seulement sympa mais bon... Vu la durée de l'album ce serait bête de faire l'impasse dessus.
Chesh.
Putain. Sur le cul.
SEN
Je suis moins séduit par son travail acoustique, je préfère de loin son album précédent "Apokalypsis" que je troue assez sympa...
la suite, depuis 2026