
chronique · 25 juin 2014 · Musiques électroniques
Caustic Window
Caustic Window LP
Escroquerie : Une bonne affaire qui a rencontré une mauvaise foi. (Alfred Capus)
par Lexo7
En bon blogueur qui pendant des années n'a (presque) jamais cessé de vanter les mérites de l'IDM, il y a comme un sentiment de concrétisation ultime à l'idée de parler d'un projet de Richard D. James, l'homme que l'on nomme aussi Aphex Twin. Voilà plus de dix ans que l'irlandais n'a rien pondu, préférant vivre tranquillement de ses royalties tout en se secouant l'élastique à cinq contre un au fond de son tank (installé dans son jardin). Et pourtant, aussi geek bas du front soit-il, il demeure une légende, un génie qui a à jamais bouleversé les cartes de la musique électronique. En 92, il sort sans prévenir un des cinq disques définitivement indispensables de la galaxie ambient (Selected Ambient Works 85-92). L'influence de Brian Eno est incontestable, mais, en toute désinvolture, ce qu'il pose ici est juste purement et simplement révolutionnaire. Très étrangement, cette "compilation" de travaux ne trouvera le succès qu'elle mérite qu'une fois le britannique hébergé chez Warp, à l'époque encore un jeune label de Sheffield qui se cherche une identité électronique avant-gardiste et alternative, et qui ne sait pas encore qu'il exposera presque tous les rois de cette fameuse IDM.
Si le très surestimé Windowlicker(qui doit quand même au moins la moitié de son succès au clip de Chris Cunningham, créé pour l'occasion et surbuzzifié par MTV) et Avril 14th(il est juste impossible de quantifier les BO et les pubs où ce titre "pianistique" apparaît) sont de ces tracks passés au patrimoine commun, ils ne reflètent en rien le caractère tout bonnement génial et indispensable de l'oeuvre électronique contenue dans les trois albums réalisés pour Warp (...I Care Because You Do, Richard D. James Album et le chef d'oeuvre absolu Drukqs).
Mais voilà, même s'il est très tentant d'enfermer Richie au sein de son avatar principal et de son épopée warpienne, ses travaux les plus nombreux (et ses escroqueries les plus énormes) ont été publiées sous d'autres entités (The Tuss, AFX, Q-Chastic, Polygon Window, la nébuleuse Tregaskin, et bien sûr Caustic Window). C'est au sein de ses différents pseudonymes qu'il laissera libre cours à son incontinence geekienne et à son goût prononcé pour la dance kitschissime acidifiée. Autre fait d'armes, il est le co-fondateur du label Rephlex, qui deviendra pratiquement la seule alternative qualitative aux sorties de Skam, qui accueillera bon nombre de ses propres créations et qui hébergera d'autres génies moins exposés comme Bogdan Raczynski, D'Arcangelo, Aleksi Perälä, Drexciya, Ovuca, ou encore Squarepusher et Leïla. Les étiquettes braindance et circuit bending sont alors sur toutes les lèvres, mais Richard s'en fout. Il ne fonctionne qu'au plaisir et profite du paquet d'oseille sous lequel le monde entier est prêt à l'ensevelir. Et depuis ? Plus rien, ou si peu. On se souvient de son concert pour les 20 ans de Warp et de la tournée qui suivit. Les gamins d'aujourd'hui ne savent pas qui il est et lui préfère Skrillex. On vit vraiment une époque formidable, qui justifie le petit cours d'histoire indigeste ici déféqué.
Il y a quelques semaines, ça s'agite autour de ce qui n'est encore qu'une rumeur. Un album inédit de Caustic Window devrait être distribué en digital, tandis qu'un des très rares exemplaires dispos pourrait être mis en vente. Alors on regarde l'émulation avec amusement, scepticisme, mais on se renseigne, quand même. Le buzz est monté bien comme il faut par Kickstarter et We Are The Music Makers. Il est question d'un album légendaire jamais commercialisé et dont les test pressings sont uniquement détenus par Richie et ses potes : Mike Paradinas (connu aussi sous le nom de µ-Ziq et pour être le boss de Planet Mu), Cylob et Grant Wilson-Claridge (l'autre moitié de Rephlex). D'où vient la fuite ? Qui a mis son exemplaire en vente ? Tout ça n'est-il pas au fond qu'une pantalonnade déguisée en buzz nabillesque ? Bref, Rephlex fait semblant d'être pris de court, Richie accepte de nommer ses tracks et que l'album soit distribué en digital puisque Rephlex n'a pas l'intention de reprendre du service. Tu sens l'odeur de l'esbroufe ? Il faut comprendre qu'entre consanguins il y a de l'oseille à se faire en direct et en esquivant les labels (et peut-être même le fisc). Les hipsters et les geeks forment une union sacrée autour de la quenelle unique. Frodon Sacquet a mal au cul, pas grave, il a l'habitude de la fissure. Sur discogs, les enchères montent jusqu'à plus de 40 000 livres (chiffres d'hier soir) pour le vinyle. On a le droit de s'en foutre, de s'en amuser ou même de s'en réjouir. Ne jouons pas les ingénues, nous participons nous même au truc en écrivant à son propos. Bref, une question demeure et pas des moindres. Que contient ce putain de graal ?
Deux titres apparus sur d'obscures compilations, déjà. Et même si les différents protagonistes s'en défendent, certains autres titres avaient déjà furtivement fuité sur la toile. Le rythme est primitif, résonne extrêmement daté. Pas de soucis me direz vous, puisque l'album date de 1994 (certains diront de 1996). On retrouve les claviers/clavinets analogiques que personne n'ose ni ne sait réellement utiliser à l'époque, un genre de melodica, des 808 à n'en plus finir, du circuit bending approximatif aussi. Welcome back to the nineties. Le vrai problème réside au fond dans le caractère inabouti et brouillon de la majeure partie des titres (fins abruptes, idées qui n'évoluent pas ou trop peu) et que même après plusieurs écoutes militantes, on se trouve définitivement devant un empilage de tracks vaguement braindance mais consciencieusement "pouet pouet". Appelons ça de l'urodance. Squidge in the Fridge, non mais sérieux...
La véritable valeur de l'album ne dépasse pas sa seule symbolique de document d'époque, qui a tout de même le mérite d'exposer les prémices et les contours de ce qui sera autrement plus maîtrisé par la suite. Sur les Analord ou l'Hangable Auto Bulb. Le plus étrange est que ça sonnait bien mieux sur les différents Analogue Bubblebath, qui sont tous plus anciens que le "graal" aujourd'hui révélé... m'enfin, trêve d'aigritude ostentatoire. Reconnaissons que même des titres aujourd'hui (hier aussi sans doute) tout juste écoutables sont souvent, même furtivement, presque sauvés par l'incontestable art du britannique dans l'utilisation des synthés, avec ces arpèges, ces nappes et ces mélodies irrésistibles. Celles qui trouveront leur apogée sur l'exceptionnel Richard D. James Album.
L'ensemble a également le bon goût de demeurer ludique, ça ne suffit pas à en faire un bon disque mais il convient de le signaler. Ce Caustic Window LP n'est au fond qu'un énième disque sabordé sur l'autel de la mauvaise dance (pléonasme inside) dont on retiendra certaines fulgurances. En d'autres mots, probablement le pire album du pire projet de Richard D. James.
Ne cherchez pas plus longtemps la vérité (vous savez très bien que nous la détenons, en toute pédance, élitisme et dérives littéraires). Si ce disque n'était jamais sorti c'est avant tout parce qu'il est mauvais et qu'il ne le méritait donc pas. Reconnaissons aux différents "acteurs " de cette sortie un art certain pour créer du buzz autour du vide et pour avoir profité d'un opportunisme bien installé dans l'actualité. Permettez nous quand même de vous conseiller de vous jeter sur l'album Texturology, oeuvre majeure de Beaumon Hannant publiée la même année, et sur Surfing on Side Wavessorti deux ans plus tôt et signé sous un avatar aphexien qui n'a été que trop peu exploité : Polygon Window. D'ici là, chers lecteurs, méfiez vous de la hype. Que vous ayez découvert ou non Aphex Twin il y a tout juste trois ans n'est pas une excuse pour tendre ainsi les fesses aux sirènes de l'actualité.






Brasser la merde
15 commentaires
P.L
"Soit tu n'as jamais pris d'acide, soit tu n'as jamais produit de musique électronique. Dans les deux cas, tu es malheureusement inapte à analyser quoi que ce soit. Mais tu racontes bien de la merde"
…
Gogol !
N
Perso, j'ai déjà fumé une cigarette et joué de la flute de la 6eme à la 4eme. Je donnerai mon analyse quand j'aurai écouté (car apte à analyser).
poney
J'ai écouter la chose en ignorant l'identité de l'auteur, ben j'ai trouver ça nul à chier.
EOD
Vraiment excellent cet album !!
ygjk
Bon j'irais pas jusqu'à être aussi radical mais c'est vrai c'est pas formidable... Et comme dit dans la chronique, incomparable à "Surfing On Sine Waves" pourtant de la même époque.
Deepo
http://www.rollingstone.com/music/news/minecraft-creator-buys-rare-aphex-twin-vinyl-for-46-300-20140624
O'Bud
On est d'accord, ça ressemble plus à une compilation de brouillons plus ou moins aboutis qu'à un album. Des tracks batardes, pot-pourris de patterns et de mélodies qu'on peut s'amuser à retrouver dans ses anciens travaux. En même temps, on parle d'Aphex Twin là. Le type se fout de tout, surtout de son public, de l'accueil de sa musique par le public. On sait qu'il compose de manière compulsive, en produisant énormément et en retravaillant une sélection particulière de tracks qu'il juge intéressantes. Là on se retrouve vraiment dans le matériel brut, il m'est difficile d'imaginer que la moindre track de cet "album" ait été travaillé plus de 2h, tant au niveau du mastering que de la construction. Je pense que c'est cette dimension impulsive, "pure", qu'il essaye de mettre en avant à travers cette sélection, mais c'est clairement pas à la hauteur de ce qu'on était en droit d'attendre après une absence aussi longue... Mais il s'en tape complètement. Du coup ça sonne juste comme un joli petit objet de nostalgie un peu triste.
yotsuba
Merci beaucoup pour cet article sensé et nuancé, ce bordel autour de Richard D. James a toujours été très consternant...surtout ces temps-ci.
Paranoiak
Assez d'accord avec cette chronique, rien d'exceptionnel dans cet opus... Je déteste "Windowlicker" personnellement et "Drukqs" reste mon album préféré, suit "Richard D. James Album" très bon également.
Guavid
Drukqs reste pour moi aussi l'accomplissement du travail de RDJ, seul The Tuss et "Steinvord" (forte présomptions que ce soit RDJ, voir le nb de topics complétement délirants sur WATMM) atteignent ce niveau et peu de musiciens rivalisent encore aujourd'hui à un tel niveau de maîtrise, c'est d'ailleurs pour ça qu'en 2014 on continue à parler autant de son oeuvre.
franklin
Quels sont d'après vous les 4 autres disques indispensable de la galaxie ambient ?
Prudent
En tout cas j'ai joué "stomper 101mod Detunekik" en rave ce week end et les gens let's go in the space !!!
d.rec
merci de parler du chef d'oeuvre que reste sont album sous pseudo Polygon Window . ( perso 22 ans plus tard il reste mon album de " Techno " préférer , je m'en suis jamais lacer ) et merci pour cette chronique ! , car effectivement cet album sous Caustic Window , et l'un des plus faible . absolument pas indispensable ! .
quoi d'autre ? , rien .
salutations ,
d.rec
guavid
Ce matin du sirop au pti dej, ça commence (très) bien, ça fini mal beurk...
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