silent weapons for quiet wars

Pochette de Doris

chronique · 3 septembre 2013 · Hip-Hop / Rap

Earl Sweatshirt

Doris

Dans l’entreprise d’écoute d’un album, rien n’est pire pour l’auditeur que de sentir qu’il est passé si près d’un très bon album. En véritable être passif, il en ressort finalement torturé avec un goût profondément amer.

par VIIEchoes

Tout juste évadé d’une espèce de camp de redressement dans les îles Samoa, le jeune californien de L.A marque son retour cette année dans le game avec son tout premier album Doris, et ce, sans même repasser par la case mixtape/EP. Pari plutôt risqué quand on sait que le jeune MC de 19 ans n’a pas été très productif ces derniers temps si ce n’est avec les membres de son crew Odd Future (nouvel onglet). Le public semble néanmoins répondre présent. Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’emballement médiatique autour de Earl Sweatshirt (nouvel onglet). Avec seulement trois titres en guise de promo pour son nouvel opus, il a raflé des millions de vues sur le net et qui plus est une signature chez la major Columbia Records. De quoi faire pâlir ses fervents adversaires de la côte est.

Le principal problème, c’est que derrière cette surenchère des médias se cache un album qui souffre quelque peu d’inconstance et d’inégalité. En parcourant le skeud, on est sans cesse freiné par des pistes qui révèlent un déficit d’inspiration. Des titres comme Guild, Molasses, Knight ou encore Sunday manquent cruellement de relief et ce n’est pas les invités qui rehaussent le niveau malheureusement. Frank Ocean peine à convaincre même lorsqu’il revient sur son altercation avec Chris Brown en janvier dernier : “They thought me soft in High School, thank god I’m jagged/Forgot you don’t like it rough I mean he called me a faggot/I was just calling his bluff”. L’agressivité et le ton n’y sont pas, on se retrouve face à un Ocean passif. Quant à Uncle Al, on reste sur notre fin et on a l’intime sensation que Earl a voulu bâcler ce titre. Avec à peine une minute, le beat n’a pas le temps de s’installer et de se déployer pleinement.

Ce qui est d’autant plus frustrant avec ce skeud, c’est qu’il recèle malgré tout de réelles perles. L’exemple le plus frappant est sans doute Hive que Earl a produit en partie sous le pseudo de Randomblackdude. L’instru, résolument minimale, se compose presque entièrement d’une section rythmique aux basses vrombissantes et à la ride bien présente. Tout le savoir-faire du MC est présent sur ce titre : on retrouve en effet son flow nonchalant où chaque syllabe est prononcée et où les jeux de sonorités sont nombreux :

Promise heron I’ll put my fist up after I get my dick sucked

Quick buck, maybe a gold chain

With that fucking flow that s-s-so belittles men

They tentatively tend to turn and go when I am finished

Et que dire de 20 wave caps qui bénéficie d’une production hachée, décalée assurée par le trop méconnu Michel Uzowuru à laquelle se greffe sans doute l’un des meilleurs couplets de Domo Genesis. Pour le reste, on a le droit pour notre plus grand plaisir aux beats caractéristiques d’Odd Future avec ce côté tout particulièrement malsain et inquiétant comme le démontre l’épique Pre (cf. Splatter d’Odd Future), Whoah à l’introspection débordante ou bien même Centurion. Coup de chapeau également au travail de BadBadNotGood sur Hoarse qui gratifie l’opus d’une touche rock aux accents sudistes.

Quand on voit le potentiel de certaines pistes et le talent au mic et à l’écriture d’Earl Sweatshirt, on est forcément déçu et on finit par se dire qu’il n’est pas passé loin de nous pondre un très bon album. Néanmoins, en raison de nombreuses productions qui finissent par s’essouffler, ce disque n’est pas à la hauteur du buzz qu’il suscite. Avec quinze titres et seulement quarante-cinq minutes, il est au final bien trop court pour se permettre d’être faiblard sur tant de titres. A une époque où sortent des mixtapes aux qualités certaines, on est en droit d’attendre plus d’un album. Dommage tout de même. Laissons-lui la chance de mûrir et surtout de prendre son temps.

VIIEchoes

Brasser la merde

3 commentaires

  1. Kramer

    En fait, c'est son 2ème album, le 1er, "EARL", date de 2010.

  2. LAVANANT

    qui est au passage bien meilleur que ce "Doris"

  3. VIIEchoes

    C'est son premier album, Earl était une mixtape complètement gratuite et je suis d'accord avec toi LAVANANT elle était en effet de meilleure qualité. Disons qu'il y avait bien moins de déchets pour plus de spontanéité !!

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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