
chronique · 29 août 2013 · Hip-Hop / Rap
Run The Jewels
Run The Jewels
« Parfois en flânant dans la rue, il lui semblait reconnaître…un collaborationniste à la lueur perverse d’un regard et il sentait à son poing frémir le glaive d’un archange » (Marcel Aymé).
par VIIEchoes
Ce qu’il y a de terriblement fascinant et d’excitant avec la musique Hip-hop, c’est que l’on voit souvent naître des collaborations inédites : c’est le cas de ce duo Run The Jewels (nouvel onglet) fraîchement créé qui réunit le MC Killer Mike (nouvel onglet) et le rappeur/producteur EL-P (nouvel onglet). Qui aurait pu présager une telle alliance quand on sait que le premier donne plutôt dans le gangsta rap tandis que l’autre se complaît dans un Hip-hop résolument abstrait en marge des productions actuelles. Peu importe puisque ces deux-là débarquent cet été avec un projet abouti qui pourrait bien être l’un des grands albums de cette année 2013.
Ce n’est pas la première fois que les deux hommes bientôt quadragénaires collaborent ensemble. EL-P a en effet entièrement produit l’année précédente le dernier album de Killer Mike intitulé R.A.P Music. Ce projet a fait date dans la carrière du MC car c’est grâce à lui que les auditeurs ont de nouveau eu foi en lui, alors qu’il commençait progressivement à s’essouffler. Qualifié de sauvage, cet opus a également permis de revenir à ce son violent et en même temps expérimental, si caractéristique des productions de Public Enemy ou Ice Cube dont le duo s’inspire ouvertement.
Avec Run The Jewels, les deux acolytes ont repris ce qui avait fait le succès de R.A.P Music et cette fois-ci EL-P a même tenu à prendre le mic, et ce, tout au long du skeud. Ce dernier, connu pour être un ancien membre de Company Flow et pour avoir tout de même composé les instrus du célèbre The Cold Vein de Cannibal Ox, dévoile ici des beats toujours plus dérangés. Il ne s’impose aucune limite, ses prods sont déstructurées, désordonnées, chaotiques voire atonales (Banana Clipper), et pourtant rien ne semble avoir été laissé au hasard : bien au contraire, tout est extrêmement travaillé dans les moindres détails jusque dans les textures. Il faut bien le reconnaître, EL-P est un perfectionniste. Même la section rythmique bénéficie d’un traitement tout particulier, que ce soit au niveau de la basse ou de la drum set, et participe grandement à l’agressivité de l’opus et se marie parfaitement à ce brassage incroyable de sons électroniques, synthétiques ou encore rock.
Cerise sur le gâteau, nos deux compères assurent aussi quand il s’agit de rapper. Pas doté d’une technique extraordinaire, EL-P se défend tout de même bien en proposant des lyrics tout aussi dérangées que ces beats : “Crazy/Psylocybin/Why the ride so hazy/Dribble this spit till the street gets wavy/ The blitz in pure shit magician/Git to skipping/Not too tall dark and handsome man/But I talk dark for ransoms man/Spit grands at those zombies/Folded origami” (36’’Chain). Quant à Mike, le verdict est sans appel : mic en main il est intouchable. Combattant aux rimes affûtées, il est sans compromis. Véritable atout pour les prods d’EL-P, il se veut tout aussi ravageur que l’univers musical délivré. Capable d’un débit élevé sur le titre éponyme Run The Jewels, il sait aussi adapter son flow à des instrus plus lentes comme sur l’épique A Christmas Fucking Miracle où il fait preuve de la plus grande authenticité sur ces toutes dernières rimes :
And any MC peepin’ what I go through
Real rap, my last line’s so true
Rest in peace to Pimp C and Camu too
We do it for you
Malgré leur immense personnalité, le duo laisse tout de même une petite place à ceux qui désirent partager le mic avec eux. Ainsi, Big Boi, Until The Ribbon Breaks et Prince Paul prennent la parole, le temps de poser quelques rimes, et autant dire qu’ils ne gâchent pas l’ambiance puisque ils se font aussi violents sinon plus que nos deux protagonistes.
Catchy à souhait, cet opus redonne à l’underground Hip-hop ses lettres de noblesse. EL-P parvient à nous plonger une nouvelle fois dans son univers progressif dont il maîtrise tous les paramètres pendant que son camarade Killer Mike scande à tout va, arborant la casquette du redoutable emcee. Que dire de plus si ce n’est que le tout est gratuit (nouvel onglet) et que le duo dit avoir composé cette galette simplement pour le fun. Grosse claque donc pour un projet d’un tel calibre. Il n’a certes pas l’étoffe d’un classique mais il amène le rap là où ne l’attend pas forcément, loin des contrées musicales actuelles.






Brasser la merde
1 commentaire
SEN
Une grosse déception !
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