chronique · 30 août 2013 · Rock / Folk
Electric Eye
Pick-up, Lift-off, Space, Time
La Norvège regorge de bons groupes dans tous les styles ; tu sais cela, lecteur érudit. Voilà maintenant qu’elle nous envoie même des quatuors de rockeurs hallucinés niant férocement la réalité qui les entoure, et débarquant avec la ferme intention d'ouvrir grand ton troisième œil en usant pour cela de réverb’, d’échos et de Tanpuras électriques.
par Mattooh
En matière de rock psyché comme en matière de stoner, les disques insipides et sans inspiration s’amoncellent mois après mois, et ça fait quelques années que ça dure. Depuis que ces genres sont (re)devenus des micro-tendances, en fait : rien que chez nous, le succès des soirées Stoned Gatherings (nouvel onglet) à Paris, l’arrivée de l’Austin Psych Fest (nouvel onglet) en France (dont on reparlera) ou l’irruption du psychédélisme dans les programmations de la Route du Rock (nouvel onglet) en témoignent. Aussi, la découverte d’un petit cœur qui bat dans ce tas de clônes inertes, si elle n’est pas rare, procure toujours au chroniqueur harassé l’inusable sentiment d’euphorie du chercheur d’or face à un caillou plus brillant que les autres.
C’est l’objet de la présente chronique et tu l’auras compris, perspicace lecteur : Electric Eye (nouvel onglet) fait partie des justes. Attention toutefois, les esthètes noise et autres ayatollahs de la saleté garage devraient si tout se passe bien hurler à la mort : ici la production est claire, puissante et ample – voire hollywoodienne, par rapport aux standards psyché – et les sonorités sans-gênes. Les riffs usent de thèmes d’inspiration orientale, de concert avec certaines mélodies vocales (Tangerine). Ils peuvent également charpenter massivement le tout (6 AM, The Road) jusqu’à évoquer Hawkwind (mais pas tant que ça) ou un Porcupine Tree du désert qui aurait gardé le meilleur – distorsion de la sinistre réalité à travers d’épaisses épopées instrumentales futuristes et quelques trainées de spleen – et évacué son problématique penchant pour les niaises balades enviolonnées. Peut-être est-ce même proche de la façon dont sonnerait Pink Floyd aujourd’hui, c'est-à-dire un groupe avec les idées larges, une certaine obsession pour les principes psycho-actifs et ne se privant pas pour cela d’en foutre plein la vue en tournant tous les potards du studio à sa disposition.
Le résultat est un space-rock groovy, mélodiquement addictif (Lake Geneva, Morning Light) et infiniment plus riche et captivant que chez ces malandrins de, par exemple, Black Angels – Electric Eye les cite pourtant en influence, mais écoute leur dernier étron, Indigo Meadow, pour saisir la différence. De puissants drones de guitares fuzzent et s’empilent au service de thèmes mélodiques incantatoires, le tout sur des rythmiques kraut appuyant le travail d’emmêlement des synapses. L’album se clôt même sur une de ces petites rêveries lascives (Electric Eye) qu’affectionnent les groupes psyché modernes à succès, sauf qu’encore une fois, Electric Eye le fait mieux que les autres.
Certes, on n’atteint pas le niveau de finesse ni l’écœurant feeling des plus éminentes pointures du genre (d’ailleurs, on vous cause bientôt du nouveau Dead Meadow, qui se pose un peu là). Mais au milieu des aigrefins et des médiocres, Electric Eye vient de dégoupiller depuis sa position retranchée une petite bombe psyché, prog, space, groovy baby, tout ce que tu veux. Commence donc par écouter, tu colleras tes étiquettes après.






Brasser la merde
1 commentaire
booboow
Grüt !
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