On n’entend plus d’albums house de la trempe de Briefly Eternal depuis le début des 00’s. A croire que depuis l’avènement de la french touch (la vraie, la bonne, celle qui transpirait le jazz entre chaque beat) et l’explosion future-jazz de Ninja Tune (autour des entités Mr. Scruff, Funki Porcini et Pest), tout a été dit. A cette époque, on n’avait pas froid aux yeux, on osait foutre des solos jazz en plein cœur d’un morceau house, on osait partir d’un downtempo pépère pour finir sur une house patibulaire. Et ça avait de la gueule (enfin, pour être sincère, pas toujours) ! Mais les années passant, on a dû se rendre à l’évidence, ces sonorités ont mal vieilli et finissent pas sonner cheap.
Entendre un nouvel album de cet acabit en 2013 pourrait passer pour du passéisme mais quand on voit que derrière se cache l’exigeant label Perlon (nouvel onglet) et House Inc. (nouvel onglet), qui n’est rien d’autre que l’illustre Akufen, producteur d’une house minimaliste de qualité supérieur au début des années 2000, on se dit que Briefly Eternal est bien plus qu’un simple hommage.
Cela faisait des lustres que l’on n’avait pas entendu un album de house aussi finement produit et fourmillant d’autant de détails. On est ici dans le domaine de la house d’esthète, de celle qui s’apprécie le cul dans son fauteuil, entouré par un matos hi-fi digne de ce nom. Briefly Eternal vous traverse les tympans avec une douceur exquise, déployant ses morceaux avec préciosité.
On commence par une intro, une vraie, Phowa, en forme de downtempo jazz-rock progressif, un brin vieux jeu, mais dont l’aspect solaire finit par prendre le dessus. C’est alors parti pour un enchainements de tracks house transpirant la classe comme avec ce Mourning, déployant des dizaines de motifs avant une embardée jazz subtile en diable, ou comme lors du superbe Dans La Nuit dont la house cristalline déroule son fil narratif avec un sens cinématographique rare.
Chaque morceau mériterait que l’on s’y attarde mais cela reviendrait à vous gâcher le plaisir de la découverte. Soulignons cependant la forte influence de Ricardo Villalobos sur l’ensemble de l’album et plus particulièrement sur la micro-house de Remembrance. Cela n’est pas un détail car Briefly Eternal est la synthèse parfaite entre l’univers future-jazz d’il y a 10 ans et les recherches sonores actuelles du chilien (lui aussi officie d’ailleurs sur Perlon d’ailleurs). C’est en cela que Briefly Eternal est un album résolument contemporain et exigeant. Tout comme Ricardo, Horror Inc. est un orfèvre prenant son temps pour arriver au résultat escompté. Le moindre beat, le plus fugace claquement, l’utilisation fine d’instruments live (avec une prédominance pour les cordes titubantes) ne sont pas dû au hasard. Tout y est travaillé avec un sens aigu de l’équilibre précaire.
Horror Inc. signe avec Briefly Eternal l’album house le plus surprenant de l’année et sans doute le plus travaillé et le plus passionnant. Les écoutes peuvent se multiplier à l’infini que vous aurez toujours une nouvelle piste à explorer, un nouveau motif à découvrir. On ne fait plus d’album house de cette trempe alors sachez prendre votre temps pour le savourer à sa juste valeur.






Brasser la merde
12 commentaires
MiozoiM
Wow, merci pour la chronique, c'est la découverte de l'année pour moi, super album !
Georgie
Merci les gars, c'est fabuleux...
Docv
Sympa comme tout. Ha ben voilà, ça me donne envie de réécouter le "Moving" de Bugge Wesseltoft :)
Globule
C'est très bien fait, mais ça ne m'émeut pas.
Titi
Superbe , quelle belle découverte , faut vraiment chercher pour avoir ce niveau de création !!! Merci c'est top!!
Octaedre
Complètement d'accord avec cette critique. Pour moi c'est facilement un des albums de l'année... L'instrumentation, la précision maniaque de la production, la qualité des mélodies, font de ce disque un vrai bijou.
Seul bémol pour moi, mais c'est plus visiblement un problème émanant du label (ils nous ont fait la même chose pour Dependent and Happy l'année dernière) : pourquoi pourquoi pourquoi s'esquintent t'ils à vouloir proposer à chaque fois une version cd de l'album mixée, au lieu d'avoir les tracks intacts ? Encore pour celui là c'est moins gênant, mais dans le cas de l'album de Villalobos, non seulement entre vinyl et cd on perdait la moitié des morceaux, mais tout aurait aussi bien pu tenir sur deux cds. Assez incompréhensible de mon point de vue. Donc si vous voulez à mon sens entendre l'album en entier, préférez la version vinyl, même si c'est moins pratique pour l'écoute "at home" (ben oui, trois galettes = six faces = autant de fois qu'il faut se lever de son fauteuil, et oui je suis flemmard) ça reste la meilleure façon de savourer cette merveille, d'autant que la tracklist est du coup mieux agencée.
Mais trève de pinaillages, il faut tout de même avouer que le cd est bien foutu, et de toutes façons vous devez entendre cet album.
Encore une fois je remarque que je suis quasiment toujours d'accord avec ce site, et ça fait plaisir.
Hugh
Cet album est en parti passéiste, pour la simple est bonne raison que The Sentinel est sorti pour la 1ère fois en 2003, Dans la nuit date quant à lui date de 2010 (mais produit avant). Il n'en demeure pas moins que cet album restera intemporel, ne ce serait-ce que pour ces deux tracks.
B2B
Merci pour les précisions.
P.L
Bonjour,
Avez vous la version 3xLPs ou le CD ? Sur la version LP j'ai les morceaux B1 et B2 (Remembrance et I Can't Look At You) qui sont partiellement niqués à cause de craquements terribles et parfaitement inesthétiques à partir du dernier tiers de B1 et toute la première moitié de B2. Le tout à première lecture d'un disque tout juste sorti de son blister... Suis-je le seul dans cette situation ?
Globule
P.L. : je l'ai acheté (finalement...), je te dirai. comme je n'ai pas ton adresse mail, je passerai par ce brasser la merde. j'espère que le mien sera correct, c'est le genre de trucs qui peut passablement m'énerver.
shadowbox
t'es drôle toi, ça ne t'émeut pas, mais tu achètes. m'enfin au moins tu encourages l'artiste. moi ça m'émeut en titi cet album, et c'est sûr qu'il sera tout en haut du panier à la fin de l'année. je n'ai pas écouté d'album house aussi riche et original que ce superbe travail d'Akufen que je n'avais pas entendu depuis My Way. putain! 11 ans déjà qu'il a sorti ce bijou de microhouse et de deep. je ne suis moi non plus pas du tout fan des albums mixés, j'aime pouvoir isoler chaque piste pour mieux les apprivoiser, mais je dois avouer, qu'ici, la magie opère plutôt bien et la galette se dévore d'une traite (à l'instar d'un Voices From The Lake, même si dans un tout autre registre musical). les 4 premières pistes sont absolument parfaites, la suite est vibrante et la conclusion superbe. bref grand album, bravo.
Comte
Merveilleux album, doux et chaleureux, qui n'a pas peur de prendre des chemins d'écolier par moment. Merci pour la découverte, ça manquait un peu de la house pleine d'âme (le Tang est bien mais beaucoup plus balisé).
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