
chronique · 19 août 2013 · Hip-Hop / Rap
Joey Bada$$
Summer Knights
It’s Beast Coast, we the murderous set. We raining fire, and I don’t mean the burners and techs. (Pro Era)
par VIIEchoes
Toujours plus grande est la hype autour du jeune emcee de la scène underground de Flatbush (nouvel onglet). Depuis sa fulgurante ascension, après avoir posté un excellent freestyle sur la toile en 2010, Joey Bada$$ (nouvel onglet) collectionne les exploits. Son dernier en date : être l’un des rares de sa génération à avoir fait plier les serveurs de Live Mixtapes (nouvel onglet) et Datpiff (nouvel onglet) en moins de vingt minutes à l’occasion de la sortie de sa toute nouvelle mixtape baptisée sobrement Summer Knights. Autant dire que le rappeur n’a pas chômé depuis qu’il est entré dans le game. A seulement dix-huit ans son cv est plus qu’honorable, il possède déjà à son compteur deux excellents skeuds avec son crew Pro Era (nouvel onglet) (dont il est le fondateur avec entre autre Capital Steez, CJ Fly et Power Pleasant) et des projets solos tout aussi bons : les mixtapes 1999 et Rejex qui ne sont pas sans rappeler l’époque bénie du rap new-yorkais. En effet, le gamin cultive le goût du old-school et tente de s’imposer comme le digne héritier des nineties. Il fait ainsi partie de cette nouvelle vague qui a compris et surtout digéré les sons révolutionnaires d’une période que les puristes du rap croyaient pourtant à jamais révolue.
Prévu donc au départ pour n’être qu’un simple EP, Summer Knights (téléchargeable gratuitement (nouvel onglet)) se révèle être en réalité une véritable full-length mixtape voyant le jour tout juste un an après 1999 (nouvel onglet). Toujours aussi ambitieux, Joey continue à poursuivre avec cet opus la construction de son édifice en reprenant les ingrédients qui avaient fait son succès et celui des 90’s, le tout avec une fraîcheur toujours renouvelée. En effet, le new-yorkais ne se refuse rien et n’hésite pas à lorgner vers le reggae sur My Youth, en featuring avec Collie Buddz, lui permettant ainsi de renouer avec ses racines jamaïcaines le temps d’un titre. Mis à part quelques tracks, la mixtape se fait également plus sombre que ses précédentes réalisations tant au niveau des productions que des lyrics : l’ombre de Capital Steez, le jeune mentor de Bada$$ qui s’est suicidé en décembre dernier, plane sur l’opus jusqu’à la pochette où l’on peut très nettement distinguer son visage sur le reflet de l’eau. Son impact est tel que le rappeur parvient pour la première fois à se livrer dans une véritable introspection riche d’une grande maturité à tout point de vue : il saisit les conséquences d’une vie faite d’insouciance, les difficultés du ghetto ou encore les pièges d’une célébrité trop grande et trop vite arrivée.
“ Hip-Hop’s a jungle” (Hillary $wank) selon lui. Le ton est donné et Bada$$ délaisse ainsi quelque peu son flow paisible pour se montrer au final plus agressif que ses pères. A l’aise comme jamais derrière son mic avec un phrasé affûté et complexe, le Maître de Cérémonie s’est entouré des meilleurs producteurs du circuit tels que Statik Selektah, Alchemist, MF Doom ou DJ Premier pour nous pondre ici ses meilleures rimes. Mention spéciale tout de même aux quelques coups de génie du beatmaker Lee Bannon et notamment au prodigieux 95 Til Infinity. L’instru accrocheuse et minutieuse laisse place à un rap sans concession. Le rappeur fait preuve d’une violence pour le moins inouïe :
Supernatural disaster on you half-ass rappers
Pass the herb to an actual pastor, word to the black lip bastard
That drop knowledge like a Five Percenter
Every time I drop a line, it touch like five placentas
On prend un réel plaisir à voir comment Bada$$ manie sa prose : en la truffant de jeux de mots adroits comme sur Sorry Bonita : « Like for real there no testing, my tribe is not same Tribe Called Questions » ou en jouant sur les sonorités à travers une volubilité impressionnante comme en témoigne le morceau d’ouverture Alowha :
Balance out my lows on a low high
Niggas ain’t know I’m sitting so high
Balance out my lows on the low high
I’m like a low high
L’immersion elle aussi est au rendez-vous. On a le droit aux bons vieux passages parlés en début de piste qui rythment l’œuvre jusqu’au son du fire truck américain sur l’excellent Trap Door. Statik Selektah gratifie même l’opus de quelques scratches bien dosés sur Word is bond et sa boucle de piano mélancolique.
Pendant plus d’une heure, l’auditeur se retrouve ainsi, vingt ans après, plongé au cœur même des racines du rap new-yorkais. Joey Bada$$ nous livre certes pas une mixtape à l’originalité débordante, quelques tracks sont amplement dispensables, mais elle a au moins le mérite d’être cohérente. Conçu telle un tout, elle redonne au rap son visage d’antan et c’est bien là sa seule prétention : « Bring the golden age sound back to Hip-hop» a déclaré le jeune MC dans une interview datant de 2012. La nouvelle scène underground de New-York ne s’est finalement jamais aussi bien portée qu’en s’emparant du passé. Il ne reste plus maintenant qu’à Bada$$ de préparer l’avenir. Une étape ultime l’attend, celle du premier album qui devrait sortir en début d’année prochaine et s’intitulé B4. DA. $$. Il porte déjà en lui les clés de la réussite, espérons qu’il fera taire les nombreux détracteurs qui parlent d’une mort certaine du rap en livrant l’album de la renaissance, laissant finalement les quelques emcees surestimés du showbiz international s’enfoncer un peu plus dans leurs tombes.






Brasser la merde
3 commentaires
Georges White
Cette mixtape est nettement mieux produite que '1999'. Comme tu le dis très bien, il y'a quelques claques bien senties au milieu de morceaux dispensables. Malgré tout je reste partagé sur Bada$$. Trop emprunté, s'éparpillant dans ses références au lieu de resserrer son flow. Faut dire qu'il n'est pas non plus tout seul sur le coup. La maturité viendra..
SEN
Entre Joey Bada$$, The Underarchivers ou encore Bishop Nehru le Hip Hop New Yorkais se porte plutôt bien, on peut même parler d'un vrai renouveau et putain ça fait du bien !
Yannosh
Grave... Mais encore une fois, n'oublions pas les Flatbush Zombies... ou même Dillon Cooper ! Et pour sortir de NYC, moi j'kiffe bien ce titre et ce gars en ce moment : http://www.youtube.com/watch?v=vUaqIoXGVV4&list=RDmsVGwRJycdQ
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