silent weapons for quiet wars

Pochette de Oddments

chronique · 23 septembre 2014 · Rock / Folk

King Gizzard & The Lizard Wizard

Oddments

Après un été pourrave, tu observes maintenant les chômeurs déambuler en petite tenue depuis la fenêtre de ton open-space climatisé. Bronzés et insouciants, ils te narguent pendant que tu es occupé à dessiner des auréoles aux aisselles de tes chemises mal repassées. Tu penses que ce n’est pas juste, et l’envie de vengeance, petit à petit, t’aveugle jusqu’à brouiller les tableaux Excel qui, via un étrange artefact de civilisation, te servent de gagne-pain.

par Mattooh

Pourtant, il y a des raisons de se réjouir d’être en septembre alors fais-moi plaisir, et calme-toi un peu. Tu as besoin de te ressourcer, et des gens dans le monde travaillent pour ça. Tu es par exemple sur le point de découvrir les australiens de King Gizzard & The Lizard Wizard (nouvel onglet), et dis-toi bien qu‘ils n’ont rien à foutre de la météo, de ton job nul et des congés payés. Eux sont plus du genre à vivre d'amour du risque et d’absinthe fraîche, et s’attachent essentiellement à enregistrer des compos à la chaîne depuis leur formation, en 2011. On cause ici de leur quatrième LP en 2 ans, paru en mars dernier, mais sache qu’un cinquième arrive dès octobre (nouvel onglet) et qu’au milieu de tout ça existent également la tripotée d’EP et singles réglementaire.

Un beau bordel donc, mais accroche-toi parce que ça en vaut la peine. Je sais que tu commences à souper des légions de groupes de garage-psyché ronronnant, qui s’acharnent tous sur les mêmes riffs sommaires s’empilant vainement au sein de compositions faméliques. Alors si je te cause de cette affaire-là, c’est bien qu’il y a un petit truc en plus.

Oddments est un kaléidoscope de la scène rock actuelle, passant d'une teinte musicale à une autre avec une facilité déconcertante. Si bien que ce groupe aurait aussi bien pu venir de San Francisco, Portland ou Berlin, ça n’aurait surpris personne. L’internationale des traine-savates rock est en marche, camarade !

Allez, c’est le moment de te saouler avec un bon vieux name-dropping, parce que c’est vraiment trop tentant. D'un instrumental groovy et progressif rappelant le Fuckin’ In The Bushes d’Oasis (Alluda Majaka, les bruitages et le fun en plus), on enchaîne sur une soul en sourdine bien smooth façon Unknown Mortal Orchestra (Stressin') - avec lesquels ils partagent d'ailleurs une dextérité certaine pour dissoudre de beaux arpèges dans un bain d'effets tourbillonnants. Et le zigzag est permanent : un tube country-slacker à la Beck des 90's (It's God Old, qui surpasse facile la timidité d’un Mac DeMarco) par ici, du Sparklehorse sous Poppers (Work This Time, Homeless Man In Adidas) par là, des petites décharges de pop camée et élastique à la Flaming Lips / Of Montreal (Sleepwalker, Vegemite - la voix du chanteur se rapproche d'ailleurs beaucoup de celle de Wayne Coyne), un tube de rock lo-fi robotique passé à l'hélium (Hot Wax) et même des interludes garage-pop de quelques secondes façon Thee Oh Sees (ABABCD, Oddments). Enfin comme tu aimes le luxe et le raffinement, note qu’on recense même de la pop psychédélique sixties façon Beatles / Byrds / Small Faces (Crying). En voilà qui n'auront en tout cas pas volé cette dévoyée étiquette "psychédélique", tant tout ça semble émaner d'hurluberlus en pleine illumination dans un home-studio rétro, hantés par leurs trouvailles de la fin des années 60 et vêtus de larges chemises aux motifs plumes de paon.

Toutes ces abondantes et pénibles comparaisons sont en tout cas là pour te situer l’affaire sans trop d’effort, parce que ce disque, lui, vit très bien tout seul. Sa fraîcheur et son efficacité lui permettent en effet d'attraper immédiatement l'oreille de l'auditeur sans défense, qui aura bien du mal de se défaire de tous ses tubes chamarrés qui semblent s’écrire tous seuls. Et quand l'excellence transcende l’effet de manche vintage, à la fin, on pense surtout qu'on écoute un excellent disque plus qu'une décalque nostalgique appliquée.

Mattooh

Brasser la merde

1 commentaire

  1. Yannosh

    Non mais merci Mattooh ça m'a sauvé mon après-midi open space ;-)... Hyper enthousiasmé par leur musique, ça tripe tu fous tes lunettes de soleil et tu te jettes des singapour slings agrémentés de mezcal direct. Bim !

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

    dans le même courant · rock / folk

    En attente