chronique · 17 novembre 2012 · Techno / House
Nick Solé
Flowers For You
S’il y a bien un genre musical qui se fout du contexte, c’est la house. Alors que nous ne cessons de sombrer dans un marasme économique se propageant jusqu’à la culture musicale (si la techno est aussi sombre depuis 2-3 ans, ce n’est pas un hasard), il reste une petite enclave sourde à l’onde de choc et avançant avec des œillères. La house, au sens noble et puriste du terme, est une musique résolument optimiste, un brin naïve, et poursuivant sa quête d’un monde idéal.
par B2B
L’an dernier, l’excellente maison Mojuba (nouvel onglet) nous avait déjà fait le coup avec la deep-house lascive de Kawasaki du japonais Stereociti. Parce que la rareté est souvent synonyme d’excellence, cette deuxième sortie long-format du label allemand ne déroge pas à la règle.
Nick Solé (nouvel onglet) est l’avatar de l’allemand Karsten Kaufmann. Ce vieux de la vieille à beau dépasser les 40 piges et n’avoir jamais sorti d’album remarquable et remarqué, il a tout de même les deux pieds dans le plat depuis belle lurette puisque cela fait 20 ans qu’il fricote de près avec le milieu electro. Ce disquaire, DJ, producteur en connaît donc un rayon et son Flowers For You est l’illustration parfaite d’un univers house intemporel.
Pour saisir la teneur d’une telle évasion, il faut réussir à outrepasser l’immonde pochette. Car une fois la galette en place, bienvenue dans un retour aux sources, une house à papa empreint de références. Là où Nick Solé excelle c’est dans le dosage parfait entre toutes les influences et sonorités. Car Flowers For You n’est pas qu’un album de house classique. Entre l’enrobage deep-house et l’ossature dub-house, vous naviguez sur une musique soyeuse et sexuelle, black et luxuriante. Ce savant dosage atteint son point culminant dès l’ouverture avec une Love Song aux relents dubs, percussions fines et orchestration faisant la part belle aux cordes. Supprimant la lancinance grâce à un thème simple et une structure non circulaire, le morceau se déploie avec une rare aisance.
Même si Flowers For You n’évite pas les poncifs du genre avec une surexploitation de paroles crétines s’appuyant sur la sainte-trinité hédoniste représentée par les mots mind, spirit et soul, répétés à outrance et dans l’ordre que vous voulez, on ne peut s’empêcher d’être heureux et sous le charme. Tout n’est qu’une question d’équilibre.
Les puristes du genre, amateur d’une house old-school seront durablement conquis par ce LP qui n’invente rien mais qui sait y mettre les formes avec respect. A l’heure où la musique techno trouve son salut dans le recyclage de vieux gimmicks frontaux (les gamins n’en finissant plus de s’extasier sur des anthems actuels prenant leurs sources dans l’esthétique 90’s), la house a décidé de jouer avec les mêmes armes. Flowers For You sonne comme un album de 1997 et son air de déjà-vu rassure autant qu’il enivre.






Brasser la merde
9 commentaires
L'As de Trèfle
Classic House ! Un vrai plaisir de pouvoir se replonger dans des sonorités aussi pures. Merci pour la découverte SWQW. Et merci Mojuba ! Après Kawasaki, à un poil du titre d'album deep-house de l'année en 2011 (inévitablement derrière le Story about You de Moomin), ce LP confirme le raffinement, la justesse, la qualité, bref : l'excellence du label.
ProfessorLove
Ah parfait, j'étais fortement en manque de chaleur, à faire tourner en boucle le Robert Hood, cette galette est fort bienvenue !
shadowbox
Woman of the Rain--------> track deep-house de l'année, absolument magique comme morceau. l'album est dans l'ensemble une belle découverte et une franche réussite, j'adore merci pour la découverte again
shadowbox
ah pis tiens B2B, as-tu écouté le dernier EP de Stereociti: Dialogu? la track éponyme est absolument incroyable!
B2B
Non, toujours pas. Je vais voir ça.
JSDT
Que vises-tu quand tu dis:"les gamins n’en finissant plus de s’extasier sur des anthems actuels prenant leurs sources dans l’esthétique 90’s" ? ;) bonne chronique !
B2B
En gros, l'esthétique sonore actuelle de la techno emprunte énormément à celle des 90's. On observe un retour en force de l'acid notamment (j'y reviens dans la semaine d'ailleurs avec une chronique du dernier EP de Daniel Avery). Les mômes qui vont en club en 2012 s'éclatent sur des lignes acids qui n'ont rien à envier à celle d'Hardfloor and co. Bref, ma phrase n'est ni une sentence, ni un reproche mais seulement un constat.
Maximas
Je cherche d'autres labels de cette qualité !!! En connaissez-vous ??? Merci
B2B
C'est en voix de disparition. On compte les bonnes crèmeries sur les doigts de la main face à une déferlante de labels proposant une musique house interchangeable. En gros, tu peux compter sur Wandering, Mojuba, Dial, Smallville, Pampa (en partie), Still Music, Prime Numbers (dans un registre plus soul), Mute Music (en fouillant).
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