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Pochette de Currents

chronique · 9 septembre 2015 · Rock / Folk

Tame Impala

Currents

Le nouveau Tame Impala? Sujet sensible. Ensemble, faisons un peu de déminage.

par Mattooh

Par manque d'intérêt pour le disque et lassitude du brouaha autour de Tame Impala (nouvel onglet), je ne pensais d'abord pas en parler. Pourquoi rajouter mon blabla pour le principe, si le disque ne me cause pas? Les gros câbles sous les océans qui font circuler les Internets sont bien assez chargés comme ça.

Comme beaucoup, j'ai trouvé le premier single Let It Happen impressionnant et génial (indépassable?), et le second Cause I'm A Man grotesque. La douche froide de l'année. Kevin Parker, une petite allumeuse? Je croyais pas. Le disque, au premier abord, ne fait pas beaucoup d'effet. Il faut déjà réussir à s'y intéresser, passé ce Let It Happen inévitablement placé en première piste. Et puis en y revenant, à tête et espoirs reposés, je crois que j'ai fini par en faire le tour. Non sans un certain plaisir, même.

Currents n'est ni la daube débinée par certains sous le coup de l'émotion (soyons clair, 'Cause I'm A Man justifie les pires grossieretés), ni le chef d'oeuvre proclamé par les clowns des Inrocks (et tous leurs clônes, stagiaires des rédactions du cool, blogueurs de l'inutile et autres Philippe Maneuvre éventés). Ce n'est pas non plus un disque "psyché", ce terme aux contours déjà initialement flous que notre époque, en à peine quelques années, va finir par vider totalement de son sens. C'est un album de porn-pop, quand Lonerism était un disque de pop "psyché". C'est un disque de baise, de la musique à la pochette, et la chose la plus potentiellement "psyché" sur ce dique est Nangs, et ce n'est qu'un interlude d' 1'48". Pour le reste, on écoute juste une sélection de morceaux pop traffiqués par des choix de production discutables, mais torchés par un songwriter et musicien indéniablement surdoué.

Voilà ce que j'en dis.

Qualitativement, Currents est décrit par la courbe de la fonction inverse sur l'intervalle ]0 ; +[. Si tu as suivi une 1ère L, laisse-moi t'aider à visualiser :

Bien entendu, Let It Happen représente la verticalité de la courbe, et l'essentiel de l'aire du disque ; le gros morceau, si tu préfères. De Nangs à Disciples, en passant par l'adorable The Less I Know The Better, le disque descend en pente douce vers l'inexorable assèchement de muqueuse. Mais dans cet intervalle, on va et vient avec plaisir dans ces ambiances cotonneuses, ces mélodies excessivement agréables et ces couches et surcouches de claviers ; multi-couches qui n'ont toutefois d'intérêt que superposées à ces délicieuses basses, qui rebondissent à longueur de morceaux comme des petits élastiques de notes. Car sans déconner, imagine ces titres sans leur rythmique, et tu vas prendre peur. Comme sur l'intro au synthé de Past Life, par exemple. La mélodie de Disciples attrape encore limite l'attention, mais passé ce cap, le disque n'a plus vraiment d'intérêt ni d'accroches suffisamment catchy pour justifier l'écoute ; on est hors graphique, dans l'infiniment petit. Des titres comme Love/Paranoia auraient clairement dû rester des B-sides, parce que si à ce stade tout le monde s'est déjà fait son avis qu'il ne changera plus, il est clair que personne n'a envie d'entendre ça en live.

En fait, laisse-moi convertir la métaphore mathématique en quelque chose de plus charnel : tout se passe comme si Let It Happen était une formidable partie de jambes en l'air, et tout ce qui suit une longue digression post-coïtale. Aux deux tiers, on se lasse de l'ambiance moite et satinée, de l'excessive mollesse de l'ensemble et de cette étrange obsession à vouloir sonner comme Michael Jackson. Tu as pris ton pied (presque 8 mn, pas mal), tu as savouré de divins moments de détente et une indéniable complicité pendant une poignée de titres, et maintenant, tu veux te lever, te rhabiller et reprendre le cours de ta journée. Mais Kevin Parker reste étendu là, à te tirer par le bras pour que tu restes plus longtemps allongé au plumard, à côté de lui et de sa tête de noeud béate. Mais non, Kevin : on ne peut pas rester comme ça pendant des plombes, on a des choses à faire, des enfants à torcher et des bières à boire, et tu devrais le savoir.

Ainsi, Currents est dans l'ensemble une expérience agréable. Elle est juste un peu gâtée par l'auto-complaisance d'un néo-génie qui, perdu dans son mauvais trip et seul dans son studio, ne sait plus s'arrêter ; en reste un souvenir contrasté, mais en aucun cas un mauvais coup ni une nuit inoubliable. Kevin Parker fera sûrement mieux une prochaine fois, mais en attendant ça fera l'affaire pour 2015 - encore que je te conseille plutôt le plus consistant Unknown Mortal Orchestra, si vraiment tu veux te caresser sur des disques de petits songwriters blancs qui se rêvent noirs au milieu des synthés.

Mattooh

Brasser la merde

2 commentaires

  1. TRISTOFF

    Si on pouvait comparer cet album à un rapport sexuel j'aurais opté pour une masturbation à 15h avec les stores baissés, un truc compulsif devant du gonzo sale en 240p ou des que tu t'es juté sur l'épaule tu te poses des questions sur le sens de la vie et sur ton utilité global à cet instant par rapport au monde. En fait Kevin Parker et ceux qui l'encense sont des branleurs qui oublient que la vie ça se fait à plusieurs pas avec un ordinateur, un tumblr ou un Ableton.

    1. Mattooh

      C'est un point de vue intéressant.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

    pas de compte : ton pseudo est protégé par un ticket que ton navigateur garde pour toi.

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