
chronique · 4 septembre 2015 · Rock / Folk
The Patriotic Sunday
All I Can't Forget
Le saviez-vous? Guitariste froissé et chanteur rugissant au sein des passionnants Papier Tigre, Eric Pasquereau cultive en parallèle son jardin pop.
par Mattooh
Ce petit terrain libre et fertile se nomme The Patriotic Sunday (nouvel onglet), a déjà mûri deux/trois belles plantes et jamais il ne m'a autant séduit que sur ce All I Can't Forget. L'air de rien, en dépit d'une trompeuse légèreté de forme, ce projet continue d'explorer de nouveaux territoires en termes de composition et d'arrangements. Cette fois, les harmonies vocales sont légion et viennent épaissir des mélodies dont la qualité se dévoile au fil des écoutes. D'aucuns parleraient de "prise de risque" ; si l'on fait abstraction de la fadeur pop ambiante, ce n'est jamais que de la liberté.
Pasquereau use de moyens feutrés (piano, choeurs, harpe, frottement des doigts sur les cordes, et autres gimmicks hawaiiens) pour mettre en forme des pratiques ébouriffées. Exigeant, il veille à déformer les mélodies les plus belles avant qu'elles ne basculent dans la facilité. D'un uppercut en arpèges ou d'une descente de toms, il dévie les bonnes idées et en fait naître d'encore meilleures. Chez The Patriotic Sunday, l'art de la composition semble se dérouler en deux mouvements : d'abord l'écriture de petits segments musicaux en solo, puis la captation des heureux accidents de groupe aboutissant à leur lumineux agencement. Comme si Eric Pasquereau accumulait puis rangeait ses bonnes idées, avant d'inviter ses copains à venir faire trembler la terre sous le bordel pour observer au sol ce que l'entropie du groupe peut bien générer de beauté inattendue.
Parfois, ces petits joyaux échappent au chahut et c'est lorsque leur beauté immaculée se suffit à elle-même (A Life Pursuit, Light Of Defeat, The Rain Falls Hard) ; c'est vraisemblablement dans ces moments que les paroles se font les plus personnelles ("it's 2014, and I still play in a band ; mother still wants to help, daddy has other plans"). Gageons que mener de front une vie d'adulte et un groupe de rock est un bon moyen d'alimenter l'inspiration pour ses disques en solo.
Quand les choses s'électrisent sur la brèche (All I Can't Forget, Death), on reconnaît le toucher exemplaire du brelan d'as La Terre Tremble !!!, qui oeuvre ici en backing-band rennais et néanmoins de luxe. En cerise sur le gâteau : quelques notes de piano de Léo "88man" Prud'homme, qui nous a lui déjà administré cette année une bonne branlée de rock taquin avec Fat Supper. Autant le dire : est ici réunie la dream-team de nos chouchous de l'axe 44-35.
Au final, All I Can't Forget est un grand, grand album de pop. De ceux qu'on n'oublie pas. Pop intime et fracassée, genre Sparklehorse à la sauce Joe Haege (31 Knots, Tu Fawning, White Wine). Un disque impressionnant et toutes saisons, sans aucun raté ni auto-restrictions, qui impose un degré de classe franchement décourageant pour qui aurait la prétention de sortir un disque de pop ambitieuse dans les mois à venir. Bonne chance en tout cas à ceux qui tenteront de passer derrière.






Brasser la merde