
chronique · 2 septembre 2015 · Rock / Folk
Wilco
Star Wars
"Matin pour agir ou attendre la chance Ou bousculer les évidences Matin innocence, matin intelligence C'est toi qui décide du sens" - J-J GOLDMAN
par Mattooh
S'il est entendu que la plupart des matins ne servent à rien, certains valent quand même le coup d'être vécus tôt. Celui du 17 juillet 2015, par exemple, aura permis à l'honnête travailleur checkant ses mails café à la main d'apprendre le débarquement parfaitement surprise d'un nouveau Wilco et de se le caler gratos dans un coin du lecteur mp3, tout ça en moins de 10 minutes. Et de partir au boulot un sourire niais étalé sur son visage gras.
Wilco (nouvel onglet) nous a donc "fait une Radiohead". Ou une Smashing Pumpkins, plutôt, puisque c'est bien eux, le premier groupe à avoir distribué gratuitement un album via le web, à une époque où haut débit, lecteurs mp3 et notion de buzz n'existaient pas encore (souviens-toi : Machina II / The Friends & Enemies Of Modern Music (nouvel onglet), en 2000 - étais-tu seulement né?). Ce n'est en fait même pas la première fois que Wilco propose sa musique gratuitement en ligne (le groupe avait streamé gratuitement Yankee Hotel Foxtrot et A Ghost Is Born avant leurs sorties), mais c'est la première fois qu'un album paraît par surprise et que son téléchargement est offert.
Et bon, ça tombe vraiment bien, parce qu'on (je?) commençait à sérieusement se languir de Wilco : 4 ans sans nouvel album, c'était plutôt long à leur échelle. On avait bien eu le délicieux album de la famille Tweedy l'an dernier, mais tu sais comment on est : on en veut toujours plus.
Contrepied parfait à l'ambitieux The Whole Love (2011), Star Wars voit Wilco s'essayer à une forme de simplicité noisy-folk combinant l'aridité électrique de Yankee Hotel Foxtrot (2002) ou A Ghost Is Born (2004), et l'efficacité de Summerteeth (1999) et Wilco (The Album) (2009). Exit les odyssées infiltrées d'électronique (Art of Almost (nouvel onglet)) et le classicisme d'un Sky Blue Sky (2007), oubliées les balades country-pop légères avec Feist (You and I (nouvel onglet)) et les boucles folk de 12 mn (One Sunday Morning (nouvel onglet)). Star Wars n'est que guitare/basse/batterie resserrées, qui plus est relativement lo-fi par rapport à ce qu'a fait le groupe depuis 10 ans ; du Wilco dégraissé, démaquillé, qui met la maestria instrumentale du groupe à nu et se permet de ne se reposer que sur l'inestimable songwriting de Jeff Tweedy.
A une époque où Mumford & Sons n'est pas considéré comme un groupe parodique et où les arrivistes Black Keys sont devenus une tête d'affiche, c'est une leçon de classe d'une insolence rare.
On salue alors le retour des folk-songs partant progressivement en vrilles électriques (More, You Satellite), et des petits tubes nerveux aux riffs géniaux (Random Name Generator) - encore que ceux-ci n'avaient jamais disparus (Dawned On Me ou Born Alone sur The Whole Love, ou Wilco (The Song)) mais avec cette production au plus proche de l'os le rendu est franchement bonnard. 11 titres pour 34 mn, on avait même jamais connu Wilco si expéditif et chargé en fuzz, ce fuzz que le groupe essayait déjà sur le délicieux single I Might (nouvel onglet). Pour un peu, Star Wars serait l'album slacker de Wilco (conséquence de la bien documentée reprise de Pavement par le groupe (nouvel onglet)?), la récréation garage estivale. Mais alors garage d'esthète, parce que Jeff Tweedy est un orfèvre qui ne peut se contenter de publier de l'anecdotique, et ici encore le disque est truffé de superbes et délicates compositions tout à fait au niveau des classiques les plus mémorables du groupe (Where Do I Begin, Cold Slope, King Of You).
On note également une certaine sobriété du génials Nels Cline, dont les soli vertigineux ont pu irriter les indie-dudes les plus rigoristes depuis Sky Blue Sky. Mais s'il part de manière moins spectaculaire en tête de peloton, ses arrangements restent stupéfiants de pertinence (The Joke Explained, Magnetized, Pickled Ginger). Son travail sur le son, en particulier, est d'autant plus impressionnant qu'il avait jusque là tendance à plus empiler les notes que les textures. Sur Star Wars, point d'onanisme, l'effort est parfaitement collectif et c'est cette mécanique de groupe qui en fait tout le sel.
Ce qui rend Wilco si fascinant, c'est cette capacité à être à la fois si avant-gardiste, et si respectueux des traditions. D'un côté, Wilco ne tient pas en place et évolue significativement d'album en album, travaillant l'esthétique, le son et la production avec toujours plus de maîtrise ; de l'autre, le groupe perfectionne en continu un songwriting à l'ancienne, et cultive l'art perdu de la maîtrise technique détendue, façon classic-rock en Converse.
De ce côté-ci de l'Atlantique, l'histoire retiendra Radiohead comme le grand groupe évolutif moderne. Pourtant, Wilco, à peu près autant d'années au compteur, peut se vanter d'une discographie toute aussi riche (musicalement, et en rebondissements) que les 5 d'Oxford, mais aussi et surtout d'être toujours aussi pertinent près de 15 ans après leur Kid A - Yankee Hotel Foxtrot, hey. Fais les comptes : depuis 2007, Wilco a maintenant sorti 3 grosses bombasses (Sky Blue Sky, The Whole Love et maintenant Star Wars) et un très bon disque ((Wilco) The Album). Dans le même temps, Radiohead n'en est qu'à un bon album (In Rainbows), et une daube (King Of Limbs) - et hop, voilà comment on gratte un bon brassage de merde pour pas un rond. Et voilà que Wilco se permet maintenant de jouer la carte de la spontanéité, bien loin des concepts fumeux et de la fatigante prétention ; Wilco a tout simplement ce qu'on appelle la grosse classe.*
Bon, par contre tu sais comment ça se passe : n'espère pas grand chose pour la prochaine tournée européenne du groupe. Le groupe fait notoirement la gueule à la France, encore plus que l'inverse ; les raisons on les connaît (l'exception culturelle, des tourneurs/producteurs idiots et des programmateurs fonctionnaires, un public prétentieux et paresseux, etc), et elles ne changeront plus. Alors on va se contenter d'espérer un Bataclan à 50 balles, et si ça arrive faudra essayer d'être content. Le concert, lui, sera de toute façon fabuleux - t'inquiète pas pour ça.
*T'en veux une énième preuve?
Voilà ce que le groupe a envoyé à ses heureux téléchargeurs matinaux :
"Thanks for downloading Star Wars
This message has arrived in your inbox because you downloaded Wilco's new album Star Wars. Thanks for that and we hope you're enjoying the new tunes.
Now a bit of background... We consider ourselves lucky to be in the position to give you this music free of charge, but we do so knowing not every band, label or studio can do the same. Much of the “music business” relies on physical sales to keep the lights on and the mics up. Without that support, well, it gets tougher and tougher to make it all work.
With that in mind, Wilco has put together a list of some of their favorite recent releases. We encourage you to explore it (and beyond) and yep, even march down to your neighborhood record shop and BUY. There’s a lot of great music out there, lets all try to support it. After all, it's the years of support (and purchases) of Wilco's music that allowed us to do what we did last week.
Adron - Organismo
Cibo Matto - Hotel Valentine
Empyrean Atlas - Inner Circle
Eleventh Dream Day - Works for Tomorrow
Full of Hell, Merzbow - Full of Hell & Merzbow
Game Theory - Real Nighttime
Girlpool - Before the World Was Big
Invisible Familiars - Disturbing Wildlife
Landlady - Upright Behavior
Luluc - Passerby
Ned Doheny - Hard Candy
Parquet Courts - Content Nausea
Richard Julian - Fleur de Lis
Scott Walker + Sunn O))) - Soused
Speedy Ortiz - Foil Deer
Steve Gunn - Way Out Weather
William Tyler - Deseret Canyon
Thanks for listening (and sometimes buying),
- HQ
ps: we will stay true to our word and only email you here about news directly related to Star Wars. But if you'd like to hear more about all things Wilco (including the new tour dates we just announced), sign-up to our regular mailing list HERE. You can also opt out of this list below.
pps: yes, you can also pre-order Star Wars on vinyl and CD here. It’ll also be available at finer record stores everywhere on August 21 (CD) and November 27 (vinyl)."






Brasser la merde