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chronique · 16 octobre 2013 · Autre

Theo Parrish

Theo Parrish's Black Jazz Signature

Le Jazz, entité cosmique fascinante aussi intimidante que sacrée.

par T.E.O

Il est désormais évident d'affirmer que le jazz a influencé une part non négligeable des créations musicales contemporaines de la deuxième moitié du XXème siècle. Il est encore plus pertinent d'affirmer cela lorsque l'on évoque de grands pôles musicaux tels que Détroit, Chicago, New York, Paris ou même Berlin.

Black Jazz Record (nouvel onglet) est un label fondé en 1971 par Dick Schory et Gene Russel et basé à Oakland près de San Francisco. Sa naissance prend racine dans l’expression de volontés dissidentes. Les activistes du label (Doug Carn, Chester Thompson, Rudolph Johnson, Henry Franklin ...) proposaient une alternative au jazz traditionnel en voie d'embourgeoisement et d'académisme, critiquant la perte de signification du genre. En s'inspirant des nouvelles sonorités électriques de son époque et grandement influencé par les travaux de Miles Davis, Herbie Hancock, Wayne Shorter ou bien George Benson le label cherche alors à exprimer le monde fascinant, chaotique et mouvementé de l’urbanité, se rapprochant en cela de la Techno. Le label s'engouffre alors dans un jazz déconstructiviste, empreint de sonorités funk et rock et s'inscrivant dans un contexte fort, celui de la lutte des droits civiques, et redonnant ainsi au jazz une identité et un caractère politique.

Il était donc pertinent que Snow Dog Record (nouvel onglet), label japonais rééditant les tésors oubliés du label californien, fasse appel à Theo Parrish (nouvel onglet) et que germe peu à peu l’idée d’un mix.

Inutile de présenter le bonhomme si ce n'est qu'il produit depuis plus de deux décennies des disques marqués par un profond respect pour la tradition et l’héritage. La présence de Theo Parrish sur le mix est quasi-fantomatique ce qui témoigne d’une certaine humilité. En effet, il ne modifie en rien les morceaux et cependant son intervention est cruciale car il intervient lors du travail de sélection et de transition. Tâches ardues étant donné la grandeur de la discographie du label et la difficulté de lier des tracks de cette époque entre elles. Malgré cela Parrish laisse pleinement s'exprimer la substance propre des morceaux et crée un ensemble plutôt cohérent. Ici le producteur passe au second plan et se transforme en stupéfiant conteur, presque architecte.

Ce qui saute à l'oreille dès la première écoute c'est l'insoumission, l'indiscipline et la liberté absolue de ses douze morceaux s'exprimant par le biais d’une énergie décomplexée et salvatrice. D’entrée de jeu Gene Russell bâtit, grâce à sa reprise de "My Favorite Thing", un pont entre le jazz plus classique de l’époque Coltrane et le turbulent jazz fusion. Vibrations et turbulences, la reprise met en lumière une époque mouvementée cherchant l'émancipation vis à vis de ses pères. Les morceaux de Walter Bishop Jr. et The Awakening portent en eux l'étrange chaos des métropoles. Un piano insoumis perturbé par de violentes percées de trompettes et des lignes de basse évocatrices avortent sur des cuivres fous semblables à des klaxons. Les deux morceaux de Calvin Keys affirment l’influence du rock sur la période. Les médias choisis ici mêlent guitares électriques et percutions dingues. L'énergie ainsi créée produit une masse sonore dense poussant irrésistiblement à l’agitation. Enfin grâce à sa forme insistant sur un rythme binaire précurseur "Blue Bossa" se place comme un des morceaux le plus moderne de l’ensemble et conclut le tout avec cohérence.

Alors oui, quelle utilité à remettre sur la table de tels morceaux pour la plupart peu connus? Une telle compilation fait-elle sens aujourd'hui? Il est vrai que la pertinence de la démarche peut être remise en question et certains parleront volontiers de passéisme et on ne pourra leur donner entièrement tort. Pour d'autres il est certain qu'un tel mix est du pain béni, ne serai-ce que pour le plaisir de l'écoute ou bien encore parce que la musique électronique n'évolue certainement pas en autarcie loin de toutes influences. S'immiscer dans le passé c'est se rapprocher toujours plus d'un présent musical complexe et peut être même appréhender le futur.

T.E.O

Brasser la merde

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