Tom Terrien (nouvel onglet) est un compositeur délicat, acquis à la cause d’une musique précieuse. Ce pianiste de formation officie depuis une dizaine d’années dans le milieu musical, plus particulièrement du côté de Toulouse. Il a longtemps été la tête pensante de l’entité jazz électro Minimal Orchestra, mais depuis quelques saisons, il s’est davantage orienté vers l’expérience solo. Ceux qui ont pu voir Tom Terrien en live savent que ce dernier vit littéralement ses concerts, dirigeant par là même un public de plus en plus malléable à mesure que les minutes défilent. D’ailleurs, le bonhomme est capable de proposer deux types de concerts : électronica ou techno (avec le projet Ttomh). Et cette dualité se retrouve dans ce Last Decade schizophrène (et faisant suite à un premier album sorti de manière confidentiel en 2011).
Last Decade a beau être un EP "confidentiel", il ne souffre aucunement d’une masterisation au rabais. Bien au contraire. Tout sonne avec justesse et précision. C’est un point important à souligner car s’il y a bien une musique qui mérite un enrobage intelligent, c’est l’electronica.
Last Decade se décompose en 6 titres (pour 30 minutes) mixant subtilement instrumentations acoustiques et bidouillages électroniques. L’élément central est bien entendu le piano. D’ailleurs, l’EP s’ouvre et se ferme sur des parenthèses au clavier, doucement parasitées par des souffles grésillants en arrière plan. Les 4 titres centraux constituent le cœur du projet et permettent de découvrir un Tom Terrien schizophrène. En effet, la grande majorité des morceaux voit s’opérer une fracture nette à mi-parcours, pour aboutir à des compositions bipolaires. C’est notamment le cas de Skylark Skycat qui débute avec douceur via sa pulsation cardiaque étouffée, avant d’offrir une montée aérienne à la Border Community (Nathan Fake en tête), au beat fragmenté et aux synthés tremblants. Idem avec le superbe Dimanche avec Carmen dont la douceur initiale, en forme de comptine mutine, subit une explosion de violence pour finir en plein trip de beatmaker pour un glitch-hop saturant l’espace. Ajoutons à cela l’électronica-pop chanté (par Julien Barbagallo, batteur de Tame Impala) d’Howling, rappelant fortement l’univers de Dntel, et vous avez compris que vous avez affaire à un artiste privilégiant la préciosité de l’instant et la finesse des textures pour créer de singulières comptines en forme d’hommage à la poésie du quotidien.
Tom Terrien signe un précieux EP d’électronica poétique, ponctué de fulgurances aériennes aussi imprévisibles que puissantes. Cet objet sonore échappe à toute catégorisation actuelle, ponçant tous les filons électroniques possibles. Il en ressort une musique indomptable mais attachante. On attend désormais la suite car Last Decade n’est que le premier volume d’un triptyque dont les autres propositions sortiront courant 2014.






Brasser la merde