silent weapons for quiet wars

chronique · 17 avril 2014 · Techno / House

Various Artists

Prologue Portefeuille 3

par Georges White

Alors que les italiens de Stroboscopic Artefacts ont une nouvelle fois mis la barre très haut en ce début d’année avec l’album de Lucy Churches, schools and gun**s (ici), son concurrent direct dans le sérail techno, l’allemand Prologue (nouvel onglet), ne pouvait rester longtemps silencieux après les très bonnes sorties d’Echologist (aka Brendon Moeller) et de Iori l’année dernière. Pour sa première sortie de l’année, et avant le très attendu premier LP d’Edit Select, Phlox, le label présente le troisième volet de sa série Portefeuille initiée il y’a maintenant cinq ans. Le label prend son temps d’autant qu’il s’agit de faire la part belle aux nouvelles recrues et que le casting est encore une fois remarquable de cohérence et de classe. Le various se compose comme à chaque fois de trois artistes et de trois tracks inédits mais cette fois ne se focalise plus seulement sur une scène techno italienne omniprésente mais élargit son spectre au nord de l’Europe, en l’occurrence à la Hollande et l‘Ukraine, qui ont aussi marqué à leur manière le son techno de ces dernières années.

C’est Etapp Kyle qui ouvre le bal avec le subaquatique Lotos, plaçant clairement le disque sous le signe de l’hypnose et de l’immersion. Repéré l’année dernière à l’occasion d’un premier maxi sur le label de Ben Klock, Klockwork, déjà porteur de climats troubles et nébuleux, et d’un très recommandable podcast pour le site Smoke Machine, le producteur ukrainien dévoile ici une facette plus ambient avec une descente dans les profondeurs d’une techno neurasthénique. Exit les velléités dancefloor des précédents volumes, la couleur du maxi se veut incontestablement plus mentale. On est malgré tout jamais très loin d’un Plastikman période Consumed. Le second track, signé Mod21, s’enfonce encore un peu plus dans une nuit opaque, cryptique, où les repères se dissolvent pour devenir complètement abstraite. Seuls quelques échos fantômes parviennent à percer à travers l'ionization de l’espace. Pour son premier morceau, le jeune producteur italien, lui aussi nouveau venu dans l’écurie allemande, pousse assez loin le degré d’hypnose et le jeu des couches sonores, faisant monter la tension jusqu’à la suffocation la plus totale. On savait le label passé maître dans l’art de s’immiscer dans votre cortex pour ne plus jamais le quitter, mais il semble qu’il s’agisse bien là d’un pas supplémentaire vers une techno plus deep, immersive à l’extrême, ne tenant que par sa seule puissance d’évocation. Heureusement le duo hollandais Artefakt, autre judicieuse exfiltration (du label Field records), nous laisse remonter lentement vers la surface (aidé d’une ligne de basse acid addictive) et la lueur du jour, où se miroite toujours l’envie irrépressible de plonger.

On ne saurait clore cette chronique sans parler du sound-design monumental dont bénéficie cet e.p. Même si cela participe désormais de l’identité sonore du label, le travail de Giuseppe Tillieci (aka Neel, moitié du duo Voices From The Lake avec Donatto Dozzy) enveloppe l’ensemble d’un écrin d’une impressionnante uniformité. A tel point d'ailleurs que l’on jurerait entendre un maxi de Voices From The Lake. L’exercice trouve certainement là sa limite car à vouloir s’aventurer vers toujours plus d’hypnose et de minimalisme et à se contenter d'un luxueux emballage sans réellement se renouveler, le label prend inévitablement le risque de se condamner à l'impasse, celle qui voit pour l’auditeur se profiler de plus en plus l’ennui (même si ici le format court le sauve de justesse) et, à l’instar de son compatriote Kompakt, l’académisme d’un son que la sophistication a complètement aseptisé. Pour autant ce troisième volume conserve une classe indéniable et le son Prologue, grâce à ces trois nouvelles prises, exerce toujours la même fascination.

Georges White

Brasser la merde

3 commentaires

  1. Dam's

    Ouch ! Le premier morceau fait très mal !

    1. Yannosh

      Grave ! Délicieux EP dans son ensemble :-)

  2. BMR

    "Twilit" casse vraiment des culs, les dix minutes s'enroulent sans se trouver las. Très chouette production.

    ce pseudo est à toi ? entre ton ticket

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