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chronique · 1 mars 2013 · Rock / Folk

The Healthy Boy & The Badass Motherfuckers

Carne Farce Camisole

par Booboow

Après l'aventure Belone Quartet, Benjamin Nerot se lance seul sous le sain sobriquet de The Healthy Boy (nouvel onglet). Ses 2 premiers albums solo au folk lo fi, guitare/voix à l'accent anglais à couper à coup de couteau denté, n'ont que peu séduit. Pourtant Benjamin s'acharne comme un vautour qui tourne autour d'un bison sur le point de claquer. Il s'isole pour composer. Après 3 ans, l'ermite sort de sa cabane au fond du jardin, affublé d'une barbe à faire pâlir plus d'un djihadiste et cherche bonne compagnie pour mettre en forme ses complaintes solitaires. Il en résultera un Ep en 2010, avec pour backing band (dans le sens Bad Seedsien du terme) les anciens membres de Deity guns/Bastard et actuels Zëro renommés pour l'occasion The Badass Motherfuckers. Même si leur nom tend à les faire passer pour des putains de gros durs, ils restent de doux interprètes et arrangeurs pour un accompagnement entre post-rock, Americana et folk rock un peu couillu.

Après Noir Animal sorti tout récemment, où Benjamin partait dans des délires blues détraqués Beefheartien sous un nouvel alias, il revient vers ses anciens amours folks dépouillés, épaulé à nouveau par les Badass. La voix profonde de vieille carne de Benjamin a pris de la bouteille (et du tabac) depuis le temps, et son anglais s'est amélioré. Tant et si bien que sa voix rugueuse et fatiguée nous rappelle Tom Waits, Mark Lanegan ou Leonard Cohen... Avec des références pareilles pas étonnant que notre homme storytelle comme un vieux brisquard...

À l'écoute de ce Carne Farce Camisole, on se retrouve isolé dans le grand Ouest américain. Il nous abandonne au fin fond du Colorado dans une vieille cahute fébrile, construite à la sueur du front âcre de papy, et laisse le flux des saisons nous balloter...

On s'installe seul dans cette tanière au printemps, pour se remettre les idées en place après un quelconque coup dur. Un hasard malheureux de la vie. Bercé au fil de l'eau par de doux flutiaux, on se complaît sur notre vieux rocking-chair sous le porche branlant, à chiquer du tabac en pêchant à la mouche. À la fraîche. Faire un feu et dormir à la belle étoile. (Our story's grave).

On se ressource.

Sans crier gare arrive l'été brûlant au rythmes des banjo sur Boneman (très Gun Club), où un soleil de plomb nous tape sur la gueule comme une bouteille de tord boyau premier cru.

On oublie.

Mais l'été passe vite, à force de se faire griller la couanne et les neurones, on ne voit pas venir l'automne. Dépouillé comme un arbre de ses feuilles, Healthy boy perd ses Badass pour une lamentation lo fi (I'm not gonna loose you). Et merde... faut préparer l'hiver. Couper du bois comme Charles Ingalls, avant de se cloîtrer dans ce vétuste chalet, où les interstices laissent passer un vent polaire (I'll never take you along in my fall). L'hiver se prolonge, ralenti notre rythme de vie. Notre esprit divague, étourdi par l'ennui et la chaleur émanant de la cheminée, au son des superbes arrangements de Triumph and victories.

On survit.

Sur Portrait, le printemps laisse entrevoir le bout de son nez, et avec lui l'espoir d'enfin pouvoir sortir de notre geôle de rondins de bois crasseux.

Les idées au clair, on peut enfin retourner à notre vie. Yiha, C'est parti sur notre vieux canasson pour une sorte de horse-trip débridé (Grapes). Histoire d'aller en ville, refaire les plein de gnôles et faire un petit tour pour se vider les bourses dans autre chose qu'une chaussette en peau de lapin. Tout ça pour arriver piteusement en ville sous un orage d'été (Hey man! Hey gal...), jouer au poker en s’imprégnant de bourbon dans le premier rade pourri venu et tâter du cuissot de jouvencelle de seconde main.

Bref, la vie.

The Healthy Boy, Vivaldi du far west, peut vous kidnapper d'un coup de lasso, vous saucissonner comme un frêle veau ... et vous remettre les idées en place dans sa cabane du Colorado.

Booboow

Brasser la merde

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