
chronique · 3 novembre 2012 · Rock / Folk
La Terre Tremble !!!
Salvage Blues
Attention, faux bretons.
par Mattooh
Les clermontois exilés de La Terre Tremble !!! (nouvel onglet) sortent depuis Rennes, au beau milieu d'un humide mois d’octobre, un album vicieusement bon comme de plus en plus de groupes français parviennent à en sortir, maintenant que l’origine géographique ne détermine plus vraiment le son d’un groupe vous savez, Internet, la fin du cloisonnement musical dans la tête de nos bons jeunes, et toutes ces choses modernes. Les bonnes surprises viennent de partout, et cela fait bien longtemps qu’il n’est plus la peine de venir de Bordeaux, d’Angers ou de Lyon pour sortir des bons disques de rock tordu d’obédience anglo-saxonne. Il est grand temps d’arrêter de se branler la nouille sur le noise-rock français des années 90, qui se contentait de courir derrière les références chicagoennes de Touch & Go. On a aujourd’hui dans notre mou pays tellement de bons groupes, qui sortent chaque année tellement de bons disques, qu’à l’heure des comptes j’ai tendance à penser que l’âge d’or du rock ricain de France se vit aujourd’hui.
Et à l’écoute de cet album (je confesse ne pas connaitre les précédents), s’il est un nom qui vient à l’esprit, c’est clairement les bien vivants parisiens de We Insist!. En moins rugueux toutefois, et plus fin dans les arrangements. Au-delà d’une trop succincte étude graphologique qui permettrait de conclure que plus on met de points d’exclamations dans le nom de son groupe, plus on excelle dans le free-rock, ces deux groupes partagent –outre un batteur/chanteur– l’envie de ne pas choisir entre toutes leurs tentations, de les superposer sans aucune autre prétention que de n’en faire qu’à leur tête. Des chansons qui demandent certes des écoutes répétées pour se faire comprendre, mais qui fonctionnent. Qui restent en tête, même ! De la pop, tu dis ?
Mais oui.
Seulement il y a ici la tension dissonante de Fugazi et le sens mélodique du plus brillant rock progressif école King Crimson (Elements, European Germs et ses miracles de 6 cordes à la Wilco), et La Terre Tremble !!! sait aussi transposer sa fécondité créative dans l’acoustique (Nine And A Half), tripatouiller de malins arpèges pour en faire jaillir du jus de plaisir (Visit), et tout ça souvent au sein d’une même chanson (Hang On Son, Salvage Is Coming). La gageure est de rendre ça parfaitement digeste et même localement parfaitement accessible, puisque le liant de cette garrulité d’idées reste la belle plume d’une pop exigeante (Your Joy Knows My Mind). Ce doit être le talent : La Terre Tremble !!!, mais ne rompt pas. Prends l’avant-dernier titre, Through France : il y a là-dedans la matière pour faire 3 excellentes chansons. Pas bégueule, LTT !!! n’en fait qu’une bouchée et toi, tu restes bouche-bée.
Pas d’emballement, cependant : ces gens ont bien trop d’idées pour un jour connaitre un succès indé, et puis ils ne sont pas bons en promo, ils causent beaucoup trop (nouvel onglet). Tout porte à croire que comme pour We Insist!, leurs excellentes chansons ne seront jamais entendues que par un cercle restreint de fouineurs de blogs, d’écumeurs de rades de province dans lesquels le groupe officie la plupart du temps, ou pire encore, de bretons.
La Terre Tremble !!! sabote un barbecue
D’autant que ce groupe souffre d’indéniables tares : une tendance au port de la moustache, de malencontreux looks de versaillais, et surtout un nom bien repoussant. Si je me suis tenu à distance raisonnable de leurs disques jusqu'à un récent concours de circonstances (beaucoup de tenants et d’aboutissants), c’est bien à cause de cet embarrassant substantif. C'est idiot, mais qu’est-ce qui peut pousser trois individus par ailleurs brillants à nommer leur groupe d’une manière aussi grottesquement rock français ? Je taquine.
Pour pinailler, on peut aussi trouver que les mélodies finissent par sonner un poil téléphonées sur la longueur, dans la mesure où l’influence prog’ les maintient parfois un peu artificiellement en apesanteur. Mais cela ne se ressent qu’au premier abord et comme je n’aime guère chipoter, je ne m’enfoncerai pas plus profondément dans cette fine brèche.
Tu n’as rien contre le fait de sauver le blues, mais je vois bien que tu trembles, lecteur. Plusieurs références au rock progressif ont été faites dans cette chronique et, comme tu es bien élevé, tu n’aimes pas ça. L’excellent label Murailles Music (nouvel onglet) parle même de kraut-rock sur le bûcher, en apparente contradiction avec le bon sens juste pour ne pas prononcer le mot interdit. Enfantillages. On est pourtant assez grand pour encaisser ça, nan ?






Brasser la merde