chronique · 17 juin 2014 · Musiques électroniques
Ben Frost
A U R O R A
Pour avoir l'air d'un chinois en Chine, il ne faut jamais rougir. (Et c'est un roux qui l'a dit)
par brshln
Space hippie de Reykyavik qui se caresse en fumant de l’herbe à chat sur des matelas en coton bio tout en se laissant pousser la barbe comme de la merde, Ben Frost est une figure majeure de la scène expérimentale / modern classical. Véritable prince de la distorsion, des fractures sonores dantesques et des side-chains musclés, sa glorieuse discographie ne souffre ( jusque là ) d’aucune carence. Les plaies givrées de Steel Wound ne cicatriseront jamais vraiment, et l’alchimie bouleversante de Theory of Machines ou By the Throat rappellera sans cesse l’érudition du rouquin lorsqu’il s’agit d’huiler l’ascenseur émotionnel (notre focus ici présent est là pour te le rappeler).
Pour la petite histoire et pour situer la genèse d’A U R O R A, l’album fut essentiellement conçu en République Démocratique du Congo. Ben Frost y suivait alors l’artiste Richard Mosse pour une installation vidéo colorée portant sur le conflit Congolais et ses millions de morts. Dans une récente interview pour The Fader, il s’épanchait largement sur les procédés qui ont guidé la conception de l’album : des contraintes techniques pour la composition liées au manque d’électricité, des enregistrements sonores irrécupérables, l’observation de la population locale… bref, il semble même s'excuser inconsciemment d'avoir posé un album râté tout en pérorant que c'est aussi la force du concept. Lolance. Les hipsters enlèvent leurs espadrilles et commencent à rou(x)couler.
Seulement voilà, si ce périple si intrinsèquement lié à A U R O R A est volontiers touchant, voire poétique et humanitaire, il n’explique ni n’excuse les ( très ) vilains défauts de l’album.
Le casting avait pourtant tout pour plaire. Thor Harris (L’australopithèque de Swans/Shearwater ), Greg Fox (ex Liturgy) et Shahzad Ismaily (Secret Chiefs 3) étaient invités à croiser les sabres sur ce projet qui, fatalement, s’annonçait bandant. Les parties rythmiques constituant un des seuls bons points de l’album, l’opprobre ne pourra être jeté sur les trois mousquetaires.
Si Flex laisse présager le meilleur avec sa mise en orbite aguicheuse, Nolan a vite fait de calmer les espérances. Disons le clairement, ce titre a tout d’une plaisanterie. Le genre de track où tu te demandes sérieusement si le mec ne se fout pas de ta gueule. L’effusion euro-trance ridiculeusement agressive qui ouvre le morceau débouche sur un bourbier dans lequel on patauge péniblement pendant sept minutes. Au delà du fait d’avoir l’impression d’assister à un jam foireux entre un Dj Tiesto fâché avec sa carte son et un Merzbow grippé, on ne peut que rester asphyxié par le semi zouk navrant qui clôt le morceau. Des frissons de honte naissent alors lorsqu’on se rend compte que même Trace TV aurait snobé la fin de Nolan pour une diffusion nocturne.
Bien heureusement, les textures de The Teeth Behind Kisses viennent éponger les plaies ( et les taches de rhum-coca ) du massacre précédent. On y retrouve une atmosphère plus familière avec une trame cinématique qui rappelle le romantisme de By the Throat. Les drones y côtoient une batterie chevaleresque, les clochettes hallucinées nous guident à travers des steppes sombres et mystiques.
Secant aurait sans doute figuré parmi les bonnes surprises si un générique Dragon Ball Z ne s’était pas sournoisement glissé à la fin du morceau. Ici, les lamentables éjaculations de claviers épiques viennent détruire l’effort martial de Thor Harris pour nous imposer une mélodie digne d’un mauvais sitcom allemand des 80’s.
Diphenyl Oxalate et Venter sont à mon sens les seules compositions à sauver de la bérézina : elles synthétisent les éléments d’A U R O R A en nous épargnant l’audace grossière des claviers qui pullulent sur l’album. Le black métal coloré de Diphenyl Oxalate tire paradoxalement sa cohérence dans la cacophonie et la brutalité frontale. Il réussit à faire passer un message sous une saturation extrême et une durée courte, sans se cacher derrière un tissu de fioritures . Venter, à l’inverse, prend le temps de nous charger lentement d’électricité et de nourrir la tension jusqu’à son paroxysme pour ensuite la libérer dans une violente irradiation, annihilant tout sur son passage.
Mi figue, mi raisin pour No Sorrowing et Sola Fide. Le premier, très similaire à Flex - à la différence d’être peut-être plus lumineux et plus long - donne la pénible impression qu’il a été posé en guise de bouche-trou pour raviver la flamme de celui qui se dit que tout n’est pas perdu. Le second, bien que doté de belles textures, laisse assez vite place à la lassitude.
C’est au dernier morceau, A Single Point of Blinding Light que revient la palme d’or du ridicule. Epopée absurde et psychédélique, on nage en plein délire hallucinatoire. Rien n’aurait été plus parfait comme BO pour illustrer Mulder gambadant cheveux au vent sur une licorne violette pour sauver Scully des extra-terrestres. Tu as toujours voulu savoir comment sonnait un crash d’astéroïdes à une soirée Thunderdome ? C’est maintenant chose faite.
Certains y verront du génie (bande de baletringues), d’autres une plaisanterie (merci). Soit. Si la volonté de Ben Frost d’explorer des strates toujours plus expérimentales est plus que louable, A U R O R A n’en reste pas moins une très grosse déception. La charge émotionnelle est ici nettement en dessous de ce à quoi nous étions habitués jusque là. Sorte de Sensation White revisité au bruit blanc et à la distorsion, l’album se subit plus qu’il ne s’écoute et ne bénéficie même pas de l’intelligence d’une tracklist bien construite. Allez Ginger Ben, tu ranges ton écran total et ton paréo, et tu nous promets d'enterrer ton passeport en Islande. Souviens toi qu'il y a des coups de soleil sur le casque dont on ne se remet jamais...






Brasser la merde
11 commentaires
Matthieu
Etouffe-toi avec ton égo s'il-te-plaît-bien.
Chesh
c'est nouveau le décorticage track par track ? Tarlouze
Globule
Chesh épargne-nous tes insultes homophobes stp... Pitié, pas sur SWQW...
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Malheureusement d'accord avec la review... Autant je suis archi fan de By The Throat et j'aime globalement de tout ce qu'il a pu faire à coté, autant Aurora m'a fait l'effet d'un pétard mouillé.
Tsubz
Un simple "je n'ai pas aimé" aurait suffit. Le track by track est lourd et inintéressant; monsieur brshin montre son incapacité à construire une analyse. Du mauvais gout sur ego surdimensionné.
zaaaab
c'est l'afrique mec, tu peux pas comprendre.....
Chesh
Je me sens souillé putain
Carpenter
C'est en effet une belle arnaque. Ça a le mérite de certifier que RA n'est JAMAIS fiable http://www.residentadvisor.net/review-view.aspx?id=15033
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